vendredi 1er juin 2012, par
La déshumanisation postcoloniale
“ [L]a colonisation ne peut se justifier que si cela apporte aux indigènes une civilisation supérieure et si les nations qui possèdent des colonies s’y présentent comme mandataires de la civilisation et de l’humanité tout entière.”, déclare, en février 1925, le porte-parole socialiste Henri Fontanier à la tribune du Parlement. En moins de trente ans, un tel énoncé, inspiré par des principes humanistes, devenait inconcevable et anachronique.
Malgré la persistance dans maints discours contemporains d’une nostalgie de l’Empire, l’idée coloniale comme élévation à l’humanité a vécu. L’affirmation politique, culturelle, sociale des peuples réputés inférieurs qui aboutit à l’effondrement des empires, à ce qu’on nomme en Europe la décolonisation, a fait justice de l’idéologie coloniale, de la croyance dans la colonisation comme forme d’humanisme supérieur. Même si l’on ne souscrit pas à une version uniformément sombre de la colonisation, on sait qu’elle fut, essentiellement, dégradante, brutale, avilissante. Le choc que les peuples colonisés ont subi fut d’une violence inouïe : la conquête coloniale, loin de les promouvoir en leur apportant « ses bienfaits », les a non seulement dépouillés de leurs biens, de leurs terres mais a altéré irréversiblement les formes (politiques, linguistiques, culturelles, économiques) où pouvaient se déployer leur humanité. Le travail des historiens décrit et mesure les manifestations de cet événement qui a affecté la majeure partie du monde habité et qui, de fait, n’a épargné personne.
Pour autant, si le fait colonial ainsi que l’idéologie qui le justifie appartiennent bien au passé et relèvent désormais de la science ou de la mémoire historiques, le processus de dés-humanisation qu’ils ont initié n’a pas pris fin : sans être toujours ni visible ni aisé à voir, il perdure et s’actualise, configurant ainsi notre situation humaine, la désignant ainsi comme « postcoloniale ».
Les répercussions du « trauma colonial » se donnent, mais non sans obstacle, à entendre et à lire -et surtout à interpréter- dans de multiples domaines du savoir contemporain, au confluent desquels se trouvent les littératures rédigées dans les langues européennes mais issues de peuples ex-colonisés. C’est, plus précisément, en lisant quelques pages du roman d’Edouard Glissant : Le Quatrième Siècle que nous tenterons cette écoute, cette auscultation de la négativité toujours vivace de la « déshumanisation coloniale ».
Liens à consulter :
Pour se familiariser avec la problématique des Postcolonial Studies : et ce lien
Patrick SULTAN, collaborateur à la Quinzaine Littéraire ; docteur en littérature comparée ; agrégé de lettres classiques au Lycée Mermoz de Saint-Louis (Haut-Rhin)
Intervention le samedi 9 juin 2012 dans le cadre du Séminaire de préparation aux 5èmes Journées de la FEDEPSY (organisées conjointement avec Parole sans frontière)
Amphithéâtre de la clinique psychiatrique des Hospices Civils de 9h30 à 11h30
Entré libre.
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