mercredi 22 février 2006, par
Chronologie : Situation de la Psychanalyse dans le Monde, du temps de la vie de Freud
[1]
Olivier Douville [2]
Résumé :
L’intérêt d’une telle lecture transversale tient aussi dans son actualité, en ce qu’elle permet au moins d’établir :
quelles thèses de Freud furent reçues, admises ou refusées et comment elles le furent, dans les mondes scientifiques et intellectuels.
quel fut l’accueil que réservèrent les universités européennes et celles d’autres continents à la psychanalyse du vivant de Freud.
quelles inventions institutionnelles de prévention et de soin se sont mises en place autour de Freud et de ses disciples.
Mots-clefs :
Freudisme, histoire de la psychanalyse
Summary :
The interest of such a transverse reading also likes in its current events, in what she allows at least to establish :
which theses of Freud were received, admitted or refused and how they were him, in the scientific and intellectual worlds.
which was the reception which reserved the European universities and those the other continents for the psychoanalysis of the alive of Freud.
which institutional inventions of prevention and care were organized round Freud and around his followers.
Key-Words :
Freudianism, history of the psychoanalysis
1886
Schnitzler rapporte dans la prestigieuse Wiener Medizinische Presse la séance restée fameuse où Freud parle d l’hystérie masculine
1892
Allemagne : Felix Gattel prend contact avec Freud. Il reste dans l’histoire de la psychanalyse comme son premier élève. Il séjourne à Vienne pour étudier chez Freud de mai à octobre 1897 et publiera « Mise en question de l’hypothèse d’une étiologie sexuelle de la neurasthénie et de la névrose d’angoisse » (1898).
1893
La biographie de Freud apparaît dans un « Who’s Who » viennois.
Espagne : la Revista de Ciencias Medicas de Barcelone et la Gazeta médica de Grenade publient « Le mécanisme psychique de phénomènes hystériques » de Breuer et Freud. C’est la toute première traduction publiée au monde d’une œuvre de Freud.
Grande-Bretagne : Frederic. W. H. Myers a introduit le premier les idées de Freud et Breuer sur l’hystérie en Grande-Bretagne dans un article intitulé : " The mechanism of hysteria", publié dans les Proceedings of the Society for Psychical Research, 1893, 9 : 12-15.
1894
Allemagne : Hermann Oppenheim, spécialiste des névroses traumatiques et partisan de la thèse psychogénique, cite Freud.
États-Unis : William James résume la version préliminaire du travail de Freud et de Breuer sur l’hystérie pour le premier numéro de la Psychological Review.
France : Gilbert Ballet, futur créateur de la PHC, a également cité les travaux de Freud et Breuer dans sa communication au Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de 1894 dans son rapport intitulé " L’hystérie et la folie".
États-Unis : Le psychologue et philosophe William James fait un résumé de la « Communication préliminaire » de Freud et Breuer dans la Psychological review
1895
États-Unis : Robert Edes, dans son ouvrage The New England Invalid, fait quelques allusions au travail de Freud. C’est par ce biais et par les textes de W. James, que Stanley Hall prend connaissance de l’existence des premiers écrits de Freud.
Putnam fait mention des cures des hystériques menées apr « Janet et Breuer et Freund » (sic).
1895-1896
France : premières recensions des articles neurologiques de Freud : « Les neuropsychoses de rejet », par Paul Kéraval (Archives de neurologie) ; « Obsessions et phobies, leur mécanisme physique (sic) et leur étiologie », « L’hérédité et l’étiologie des névroses » par un des plus besogneux des élèves de Charcot, Edouard Brissaud (Archives de neurologie). Dans la Revue de neurologie, Raichline fait un compte-rendu important sur la conception freudienne de la neurasthénie et de la névrose d’angoisse. À Nancy, René Hartmann soutient sa thèse « Contribution à l’étude des affections spasmo-paralytiques infantile » où il cite l’article de Freud (paru en 1893) relatant le cas de deux enfants, fils de consanguins, atteints de rigidité paraplégique. En 1896, dix ans après avoir quitté Paris, Freud publie un article rédigé en français dans la déjà réputée Revue Neurologique. Il s’agit de « L’hérédité et l’étiologie des névroses », texte dans lequel apparaît pour la première fois le terme de psycho-analyse.
Allemagne : Bleuler rend compte de façon élogieuse des Études sur l’hystérie (1895, Breuer et Freud), dans la Münchener Medizinische Wochenschrift
1897
Mort du père de Freud et début de la passion de ce dernier pour les Antiquités.
Allemagne : Congrès international de psychologie à Munich, T. Lipps déclare que le problème de l’inconscient est le problème de la psychologie
1898
France : Paul Hartenberg, défenseur de la thérapie par suggestion, dans la ligne de Bernheim, et adversaire de la psychologie expérimentale, fait paraître dans sa Revue de Psychologie Clinique et Thérapeutique une revue critique sur la sexualité dans l’étiologie des névroses
1899
Brésil : à L’Ecole de médecine de Salvador de Bahia, Juliano Moreira, disciple de E. Kraepelin et membre des sociétés de Medenine, de Rio et de Paris, commente pour la première fois au Brésil les idées de Freud.
États-Unis : Stanley Hall et le corps enseignant de la Clark University organisent une semaine de conférences internationales publiques pour les dix ans de l’Université. Santiago Ramon Y Cajal (professeur d’histologie à Madrid) et August Forel (directeur de l’Hôpital du Burghölzli) y participent.
1901
États-Unis : Stanley Hall cite les travaux de Freud devant ses étudiants.
Suisse : Bleuler, extrêmement impressionné par l’Interprétation des rêves, invite Jung au Burghölzi à donner une conférence sur cet ouvrage. Ce fut Bleuler,et non Jung qui introduisit la psychanalyse au Burghölzi et a recruté une équipe de collaborateurs ouverte à la psychiatrie dynamique.
1902
5 Mars : Freud est nommé professeur extraordinaire (premier grade universitaire). La lettre est signée de l’empereur François-Joseph.
Octobre : création à Vienne de la Psychologische Mittwoch Gesellschaft (Société psychologique du mercredi) à l’initiative de Stekel. Première société psychanalytique au monde, elle réunit notamment : Rudolf Rietler (1865-1917) qui fut selon E. Jones le premier à pratiquer la psychanalyse après S. Freud, Max Kahane, Ludwig Jekels (1861-1954) ; Wilhelm Stekel (1868-1940) ; Hugo Heller (1870-1923), éditeur ; Alfred Adler (1870-1937) ; Paul Federn (1871-1950) ; Eduard Hitschmann (1871-1957) ; Max Graf (1875-1958), musicologue ; Hanns Sachs (1881-1947) ; Otto Rank (1884-1939), ouvrier métallurgiste, initié à la psychanalyse par le médecin de sa famille A. Adler (1870-1937). W. Stekel qui, selon Jones, fut à l’initiative de ces réunions, en relatait les discussions chaque semaine dans l’édition du dimanche du Neues Wiener Tagblatt.
France : dans une conférence donnée à l’Institut Général de Psychologie, Bergson fait référence à la Traumdeutung et cite, au côté de Robert et Delage, le nom de Freud. On mentionne brièvement Freud lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de Grenoble. Paul Hartenberg, publie La névrose d’angoisse, (recueil d’articles publiés l’année précédente dans la Revue de Médecine, ouvrage dans lequel il expose la conception freudienne tout en critiquant son étiologie purement sexuelle.
Suisse : dans le livre que Jung publie en 1902 sur les phénomènes occultes, se trouve déjà une première référence à L’interprétation des rêves.
1903
Federn commence à pratiquer la psychanalyse.
Suisse : Théodore Flournoy rédige une note en 1903 sur L’interprétation des rêves
1904
Argentine : José Ingenerios, psychiatre et criminologue, publie un article où est mentionné le nom de Freud.
États-Unis : Stanley Hall coordonne un ouvrage en deux volumes (1373 pages), Adolescence. Ce recueil de textes américains et européens, mêle sexologie, neurologie, psychologie de l’enfant et psychiatrie. S’y invente la notion moderne d’adolescence. Hall se réfère à de nombreuses reprises à l’étude des traumas selon Freud. Tout comme Janet il situe l’évolution critique de la personnalité dans la puberté. Première invitation de Janet à faire des conférences à l’institut Lowell de Boston.
Russie : une des premières traductions d’un texte de S. Freud, Über den Traum (1901) paraît dans le numéro cinq du supplément du Courrier de Psychologie, d’Anthropologie légale et d’Hypnotisme aux éditions Brokhaus/Efron Encyclopédie.
Suisse : Freud apprend par Eugen Bleuler, qui débute une correspondance avec lui, que la psychanalyse est appliquée à la clinique du Burghölzli par C. G. Jung. Karl Abraham arrive au Burghölzi en décembre
1905
Printemps, Otto Rank âgé de 21 ans remet à Freud le manuscrit d’un petit livre qui s’intitule L’artiste. Tentative audacieuse d’application de la démarche psychanalytique à des faits d’ordre culturel.
Norvège : R. Vogt (Christiania) rend justice à la psychanalyse dans son ouvrage de psychiatrie Psykiatriens Grundtraek, tenu par Freud comme le premier ouvrage de psychiatrie à parler de psychanalyse.
Pays-Bas : August Starke pratique la psychanalyse en privé.
1906
Année de la rupture définitive avec Fliess qui rédige un pamphlet Pour ma propre cause dans lequel il accuse Freud de vol d’idées. Freud tente de créer chez la jeune maison d’édition Deuticke une collection qui reprend ses articles après leur parution régionale en les regroupant et les rendant disponibles sur le marché du livre. Il confie aussi les quatre tomes de ses traductions des ouvrages de Bernheim et de Charcot. Mais il pousse aussi H. Heller à publier une nouvelle collection, les Schriften zür angewandten Seelenkunde (Écrits de psychologie appliquée). Il s’agissait de présenter au public « l’application des découvertes psychologiques à des thèmes de l’art et de la littérature, ainsi que de l’histoire de la civilisation et de la religion ». Freud se présente comme directeur de cette publication et inaugure la série par Gradiva (1907). La collection sera reprise par Deuticke. On y trouve publiés des travaux de Freud (n° 1 et 7), Rilkin, Jung, Abraham (n° 4 et 11), Sadger, Pfister, M. Graf, Jones (n° 10 et 14), Sorfer, Sadger (n° 16 et 18), Keilholz (n° 17) et von Hug-Hellmuth. Aux soirées du mercredi, Rank présente d’importants extraits d’un ouvrage volumineux à paraître sur le thème de l’inceste dans la littérature.
États-Unis : des groupes d’étude centrés sur la psychothérapie se forment à Boston et à Cambridge. La même année Morton Prince qui s’était initié aux thérapeutiques hypnotiques à Nancy, aux côtés de Freud, crée le Journal of Abnormal Psychology publié à la fois aux États-Unis (Boston) et en Grande-Bretagne, où sont exposées et discutées les thèses freudiennes, surtout celles portant sur le rêve. Janet donne un cycle de conférences pour la seconde fois dans ce pays. Il prononce les conférences inaugurales des locaux de l’école de médecine de Havard en octobre et en novembre et publie « La dissociation d’une personnalité » première étude exhaustive d’une « personnalité multiple » : Miss Beauchamp. (après le cas Felida X de E. Azam, France, 1887, mais qui, pour cause n’use pas du vocabulaire d’allure psychanalytique propre à M. Prince). M. Prince « fait le tri » au sein des théories freudiennes, il n’accepte pas la théorie de la sexualité et énonce que la méthode freudienne ne peut être acceptée qu’après vérification par l’hypnose.
Grande-Bretagne : dans cette même revue, James Jackson Putnam (États-Unis) publie le premier article en langue anglaise exclusivement consacré à la psychanalyse.
1907
Janvier : rencontre de Freud et de M. Eitingon. Ce dernier est « sous-assistant » à la clinique du Burghölzli.
Février, le 22 : Freud annonce à son petit groupe que le docteur Bresler, rédacteur en chef de la Psychiatrische-Neurologische Waschenscrift lui a demandé de devenir co-rédacteur d’une nouvelle revue qu’il allait créer sous le nom de Zeitschrift für Religionspsychologie. Freud accepte et collabore au premier numéro en publiant le premier de tous les articles qu’il devait consacrer à la religion (« Zwangshandlungen und Religionsübungen » (Actions compulsionnelles et exercices religieux), G.W., VII p. 129).
Mars : Jung et Binswanger assistent à la réunion hebdomadaire du groupe viennois. Otto Gross de Graz publie un article favorable aux travaux de Freud, suivi en 1907 par un « livre original où il reconnaît l’exactitude des théories freudiennes de la libido, du refoulement, du symbolisme, etc. ».
Allemagne : autour de Binswanger, des psychiatres se familiarisent avec la méthode cathartique. Smith Elly Jelliffe, qui sera, pour beaucoup, dans le succès de la psychanalyse aux USA, suit les cours de psychiatrie d’E. Kraepelin. Il y fait la rencontre de Dubois et de Jung qui éveillent sa curiosité à la psychanalyse. L’année suivante il sera à Paris où il suivra les enseignements de Janet, de Dejérine et de Babinsky
Etats-Unis : dans le Journal of abnormal psychology que Morton Prince vient de fonder paraît un symposium sur le « subconscient » regroupant des contributions de Mûnstenberg, Janet, Ribot et Jastrow.
Pays-Bas : septembre, 1° congrès international de psychiatrie, de neurologie et d’assistance aux aliénés. Janet et Jung y participent. Albert Willemn Van Renterghem consacre son exposé à la psychothérapie, il fait mention des idées de Freud.
Suisse : C. G. Jung crée à Zurich la Société Freud : Bleuler (président), Binswanger, Franz Riklin, Édouard Claparède, Alphonse Maeder... Les membres se réunissent à l’hôpital du Burghölzli ; elle sera dissoute en 1913. Selon K. Abraham, l’Association freudienne de Zurich a tenu sa première réunion vers le milieu de l’année : Gesellschaft für freudische Forschung. Les médecins du Burghölzi entreprirent d’analyser réciproquement leurs rêves.
1908
2 février : Sandor Ferenczi, médecin hongrois, rend visite à Freud, qui éprouve aussitôt pour lui une vive sympathie et l’invitera à passer pendant l’été deux semaines à Berchtesgaden où il est en vacances avec sa famille.
26 avril : Congrès international restreint de psychanalyse à Salzbourg, le premier d’une longue série, sous le nom de Rencontre des psychologues freudiens. 42 membres de six pays participent à cette réunion : Autriche, Allemagne, Hongrie, Suisse, Angleterre et États-Unis. Il y eut neuf communications dont 4 autrichiennes, 2 suisses, 1 anglaise, 1 allemande et 1 hongroise. Freud présente ses « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle » et parle pendant plusieurs heures. Jung fait une communication sur la démence précoce. Seule communication de tour anthropologique, celle de F. Riklin, qui parle de « Quelques problèmes posés par l’interprétation du mythe ». L’un des résultats fut la fondation en 1909 de la première revue de psychanalyse, le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen (Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques), avec Bleuler et Freud comme directeurs et Jung comme rédacteur en chef. Freud inaugure cette revue avec la publication du cas « Hans ». Les autres contributions émanent toutes de l’école de Zurich : A. Maeder, « Sexualité et épilepsie » ; Jung, « La signification du père pour le destin de l’individu », Binswanger, « Essai d’une analyse d’hystérie ». En 1913, Freud luttera pour reprendre à Jung le contrôle de la revue.
6 mai : K. Abraham, A. Brill et E. Jones viennent rendre visite à Freud. Brill, avant de repartir pour New York, obtient l’autorisation de traduire en anglais les œuvres du maître ; ses talents de traducteur sont limités par sa piètre maîtrise de l’allemand et de l’anglais, ce qui inquiète Jones.
Septembre : la Société psychologique du mercredi regroupe 32 membres et devient la Wiener Psychoanalytische Vereinigung (WPW) ; Freud séjourne quatre jours au Burghölzli à Zurich et aborde les problèmes de la psychose.
Allemagne. Août : K. Abraham fonde la société psychanalytique de Berlin. La première réunion a lieu le 27 en présence de Magnus Hirschfeld (sexologue), Iwan Bloch (sexologue exerçant à Berlin), Heinrich Köerber (convaincu de la justesse des thèses darwiniennes de Häckel) , Otto Juliusburger (psychiatre intéressé aux idées de Freud avant l’arrivée d’Abrahal il avait fait un an plus tôt une communication tenue pour favorable aux idées psychanalytiques : Beitrag zu der Lehre von der Psychoanalyse, Sitzungsbericht des Psychiatrischen Vereins [Berlin] 14 décembre 1907).
Canada : La clinique de neurologie de Toronto applique la psychanalyse sous la responsabilité de son fondateur, Donald Campbell Meyers, formé en Europe. L’innovation de Meyers fut sévèrement combattue par le psychiatre E. Ryan. Au point que le gouvernement convoque une réunion sur la psychiatrie européenne. Charles Kurk Clarke visiter à cette occasion la clinique de Kraepelin. Il permettra à Jones de s’établir au Toronto Lunatic Asylum comme neuropathologue il y restera jusqu’en 1913.
États-Unis : le forum de l’Association neurologique de New-York sur les méthodes psychothérapeutiques entreprend une communication favorable à « la méthode cathartique de Freud ». Jones qui avait quitté Londres pour enseigner à l’université de Toronto, est invité par Prince à Boston pour parler de psychanalyse devant des médecins et des psychologues concernés par la psychothérapie, il parle devant Münsterberg, Taylor, Coriat.
France : A. Binet contacte C.G. Jung pour un article de présentation sur L’Analyse des rêves. Jung écrit à Freud : « J’ai déjà fabriqué une petite chose pour Binet, ce n’est naturellement que de l’orientation superficielle, mais écrit de telle façon qu’un français aussi puisse comprendre, pour autant qu’il le veuille. Malheureusement, seuls les psychologues auront la chose entre les mains, elle sera donc sous mauvaise garde... ».
Russie : le psychiatre Ossipov, assistant à la clinique psychiatrique de l’Université de Moscou, publie dans le Journal de neuropathologie et de psychiatrie « Les vues psychologiques de S. Freud » : une recension sur les conceptions freudiennes à travers la littérature allemande de 1907. En 1908 s’ouvre, sous la direction du même Ossipov, un dispensaire de psychothérapie à la clinique psychiatrique de l’Université de Moscou. Avec deux autres psychiatres, Dlovlmja et Asariani, il reçoit deux fois par semaine des patients en consultation externe, et fait parfois des consultations publiques devant un parterre de médecins et d’étudiants en médecine. En 1909, se joignent à eux trois jeunes psychiatres, Rosenstein, Derjabine et Podjpolski. Ce premier centre de traitements « psychanalytiques » fonctionnera jusqu’en 1911.
Suisse : Charles Ladame publie dans l’Encéphale « L’association des idées et son utilisation comme méthode d’examen dans les maladies mentales ».
1909
Avril : visite de Pfister à Freud.
Septembre : Freud se rend aux États-Unis en compagnie de Jung et de Ferenczi. Ils analysent mutuellement leurs rêves à bord du bateau qui es mène là-bas. La puissance invitante est Granville Stanley Hall (1846-1924), professeur de psychologie et président de la Clark University de Worcester (Massachusetts), qui marque ainsi le 20e anniversaire de cette université. G. Stanley Hall reçut le premier doctorat de psychologie de Harvard (dir. W. James) et créa en 1887 l’American Journal of Psychology. L’anthropologue Boas, formé à la Clark, intervient dans ce cycle de conférences en exposant un travail sur quelques problèmes psychologiques en anthropologie. Jung et Freud y font des communications et y sont faits docteurs honoris causa. Freud y prononce les Cinq leçons sur la psychanalyse. Freud stigmatisant la vogue des cures mentales d’inspiration religieuse a osé la comparaison entre les thérapeutiques de suggestion et les techniques des « medecine-men » indiens. Les conférences de Jung traitent des études d’associations diagnostiques et les « Conflits de l’âme enfantine ». Freud visite New York avec Ernest Jones et avec Abraham Arden Brill, qui les accueille à leur arrivée le 27, et les guide dans New York. Il se lie d’amitié avec James Jackson Putnam (1846-1918), professeur de neurologie à l’Université de Harvard. Putnam écrira à Freud : « Votre visite a eu sur moi un profond retentissement ; je travaille et je lis vos écrits avec un intérêt toujours plus marqué. » Putnam annonce à Freud que la débat sur la formation sexuelle des enfants est vif à Boston.
Première traduction américaine d’une œuvre de Freud.
Australie : Freud reçoit une lettre de Sydney lui apprenant qu’un petit groupe étudiait avec ferveur ses œuvres
1910
Le deuxième Congrès International de Psychanalyse a lieu les 30 et 31 mars à Nuremberg, organisé par C. G. Jung qui sera absent (nouveau voyage en Amérique). Freud, qui y fait une communication « Sur les perspectives d’avenir de la thérapeutique analytique », est inquiet à cause du voyage en Amérique de Jung. Le 3 avril, il peut cependant écrire à Ferenczi : « Pas de doute qu’il n’ait été extraordinairement réussi [...] J’ai l’impression que l’enfance de notre mouvement s’achève avec le Reichstag de Nuremberg. Reste à espérer que la période de jeunesse sera fructueuse et belle. » Sa lettre à Jones du 15 de ce même mois confirme : « Nuremberg a été une réussite. » Le 21 avril, dans une lettre adressée à L. Binswanger, Freud désignera encore ce congrès de façon « ironique » comme le « Reichstag de Nuremberg ». Le congrès eut une conséquence importante : la fondation, à la suite d’une proposition de Ferenczi, de l’Association Internationale de Psychanalyse (International Psychoanalytic Association, IPA), rassemblant les Ostgruppen de Zurich, Vienne et Berlin, avec Jung pour président (désigné par Freud), Riklin pour secrétaire et Zurich, la ville-domicile du président, pour siège. Les sociétés de psychanalyse existantes deviennent des sections locales de l’Association Internationale, des statuts sont acceptés. Le choix de mettre en place une organisation indépendante ne fut arrêté que peu de semaines avant le congrès. Freud avait pensé auparavant que les psychanalystes pouvaient s’affilier à l’ « Ordre international pour l’éthique et la culture », créé par le pharmacien suisse A. Knapp Jung et Riklin sont nommés rédacteurs de l’organe officiel de l’Association, le Korrespondenzblatt, qui devait paraître chaque mois. Le premier numéro sort en juillet. Freud doit alors faire preuve de diplomatie avec les membres de la Société Psychanalytique de Vienne. Il veut faire de Zurich le centre du mouvement psychanalytique et confier à un non -juif (c’est-à-dire à C. G. Jung) la direction de cette nouvelle association. Divergences, tensions, inquiétudes chez les Viennois fidèles (Hitschman). Freud apaise la Société viennoise. Il nomme Adler à sa place en position de présidence et propose, en partie pour concurrencer le Jahrbuch de Jung, la parution d’une revue mensuelle, le Zentralblatt für Psychoanalyse, Medizinische Monatsschrift für Seelenkunde (Feuille centrale de psychanalyse, Mensuel médical de psychologie), dont Adler et Stekel sont rédacteurs en chef, le directeur de rédaction, Freud et l’éditeur, J. F. Bergmann à Wiesbaden. Deuticke, qui jusqu’alors avait édité Freud, refusa d’assurer la publication du Zentralblatt en prétextant que le concours de Stekel risquait d’enlever à la revue son caractère scientifique.
Été : Freud prend connaissance des « mémoires » du Président Schreber ; août : parution du premier demi-tome du Jahrbuch (Tome 2, 1° cahier ; articles de Abraham, Jung [2 articles], Maeder, Pfister, Assagioli, Neïditch, Freud) octobre, le 21, Société viennoise. À l’assemblée administrative Adler est élu président et Stekel vice-président, Steiner trésorier, Hitschman bibliothécaire, et Rank, secrétaire.
Vacances en Hollande où, malgré son habitude de n’accepter aucun rendez-vous professionnel, Freud répond à un appel du compositeur Gustav Mahler qu’il « psychanalyse » pendant un après-midi de promenade à travers la ville. Puis voyage en Sicile en passant par Paris, Rome et Naples, en compagnie de Ferenczi, qui sera pendant de longues années son ami le plus proche et son fidèle compagnon de voyage.
Angleterre : Parution du livre de Frazer, Totémisme et exogamie, lu attentivement par Freud.
Amérique Latine : Brill introduit la psychanalyse à Cuba. Freud reçoit de la Havane la traduction par le Dr. Fernandez d’un essai de lui (Freud à Jung, le 5 juillet). Au congrès international de médecine à Buenos Aeres un médecin d’origine chilienne (G. Greve Schlegel) se déclare en faveur de l’existence de la sexualité infantile, il expose également les idées de Freud sur la libre association.
États-unis, Putnam publie (Journal of Abnormal Psychology ) une série d’articles sur la visite de S. Freud à Worcester. Granville Stanley Hall consacre lui aussi à la visite de Freud et à la psychanalyse le numéro entier d’avril du American Journal of Psychology qui contiendra les conférences. Freud écrit à Putnam « pour le prier de prendre la direction de la Section américaine » (Freud à Jones 03/07/10). Jones est élu membre de l’American Neurologic Association. Le 17 mai, Freud à C.G. Jung : « J’ai trouvé ici aujourd’hui une longue lettre de Washington, de Jones, avec des rapports sur les événements excitants dans l’ensemble pleins de succès de l’American Psychopathological Association du 2 mai. Putnam semble avoir de nouveau été très brave, et Jones lui-même rattrape ses ambiguïtés des années précédentes par un zèle infatigable, de l’adresse, et, j’aurais presque dit de l’humilité, cela est très réjouissant. Il tient la fondation d’un groupe local américain pour très difficile pour l’instant, ou pour possible formellement seulement, mais ce sont là des soucis de gouvernement, qui vous incombent ».
En mai, Freud devient membre de l’Association Américaine de Psychologie, fondée le lundi 2 mai et forte de 40 membres. Dans Sur l’histoire du mouvement psychanalytique (1914), Freud notera que « Le fait caractéristique, là-bas, a été que, dès le commencement, des professeurs et directeurs d’asile d’aliénés ont pris part à la psychanalyse dans la même mesure que des praticiens indépendants... ». Le 2 mai, l’Association des psychopathologues américains voit le jour à Boston dans l’optique de réunir des médecins et des psychologues intéressés par la psychologie « anormale ». Prince y développe son admiration pour Freud.
Hongrie : Parution du premier ouvrage en langue hongroise concernant la psychanalyse.
Italie : R. Assagioli qui a rencontré Jones en 1908 et a suivi à Zurich l’enseignement de Jung, soutient la première thèse sur al psychanalyse. Il n’accepte pas complètement la théorie de la sexualité, reprochant à Freud de ne pas accorder suffisamment d’importances aux instincts non sexuels.
Russie : Ossipov, fondateur de la terminologie psychanalytique russe, rend visite à Freud. En Russie, il fonde la Bibliothèque psychothérapeutique.
Suisse : à Zurich, Bleuler publie sa défense de la psychanalyse, La psychanalyse de Freud, qui ne donne pas satisfaction à Freud. L’Association psychanalytique zurichoise est fondée en 1910, elle est issue de la Gesellschaft... fondée en 1907. Apparemment, les membres fondateurs de cette association ne souhaitaient pas tous rejoindre les rangs de l’Association Psychanalytique Internationale. Selon un rapport de Jung à Freud (17 juin), Binswanger déclarait « n’accepter la présidence que si toutes les séances étaient communes avec les non-membres ». Freud jugeait cette situation « tout à fait intenable » (lettre à Jung du 19 juin). Jung à Freud, le 10 mai : « Je ne pouvais réellement rien faire contre cette décision. Mon autorité n’y a pas suffi. À part Rilkin, tous les autres, Bleuler et environ neuf membres, voulaient faire entériner la décision suivante : pour la période de transition, des conditions spéciales devaient être créées. En même temps s’exprimait l’espoir que ces messieurs allaient réfléchir et accepter. » La nouvelle association compte 19 membres à ses débuts.
1911
Février : Début de la séparation d’avec Adler. Les opinions de ce denier ont été discutées par l’Association Viennoise les 8 et 22 février, après qu’il y eut prononcé des discours le 4 janvier et le 1° février. Après la session du 22 février se tint une séance du Comité au cours de laquelle Adler démissionna de son rôle d’arbitre pour « incompatibilité de sa position scientifique avec son statut dans l’Association ». Stekel, représentant du médiateur, ainsi que d’autres démissionnèrent, par solidarité avec Adler.
Mars à juin : Freud se débarrasse d’Adler. Freud est président du groupe de Vienne. Il écrit à Jung que « derrière la rigueur apparente d’Adler est apparu en réalité un grand morceau de confusion. Qu’un psychanalyste puisse insister tellement sur le moi, je ne m’y serais pas attendu. Le moi ne joue-t-il pas le rôle du stupide Auguste au cirque, qui met son grain de sel partout pour que les spectateurs croient que c’est lui qui dirige tout ce qui se passe ? ». Quant Adler quitte l’association, s’en vont aussi D. Bach, S. von Maday, et le baron F. von Hye. Le nom d’Adler n’apparaît plus dans le numéro suivant du Zentralblatt (Vol I n° 10-11, juillet-août 1911). Le numéro est introduit par la « déclaration » suivante : « Par la présente, je porte à la connaissance des lecteurs de cette revue que je me retire d’aujourd’hui de la rédaction de cette revue. Le directeur de cette revue, Mr. le Pr. Freud a été d’avis qu’il y a entre lui et moi des oppositions scientifiques telles qu’elles rendent inopérantes une rédaction commune de cette revue. Aussi ai-je pris la décision de me retirer de mon plein gré de la rédaction de cette revue ». À partir de ce moment le Dr Stekel reste le seul rédacteur en chef. Fusion du Korrespondenzblatt et du Zentralblatt (le dernier absorbe le premier et est élevé au rôle d’organe officiel de l’internationale psychanalytique.)
Suicide d’Honneger. Freud à Jung, le 2 mars : « Je suis frappé de ce qu’en fait nous consommons beaucoup de personnes ». Septembre, 21-22, 3° congrès de l’IPA à Weimar (Pdt C.G. Jung). L’IPA compte 106 membres. J. Putnam assiste à cette rencontre.
Novembre : mise en place de la nouvelle revue psychanalytique non-médicale qui en 1912 s’intitulera Imago : « Cette année, écrit Freud à le 31 décembre, n’a pas été quand j’y réfléchis excellente dans l’ensemble et pour notre cause. Le congrès de Weimar était beau, et les jours auparavant à Zurich ; j’ai eu à Klobenstein une courte période de productivité très riche de contenu. Le reste était plutôt moindre. Mais il doit y avoir de telles périodes ».
États-Unis : le 9 mai, veille des congrès annuels de l’Association de psychopathologie américaine et de l’Association de neurologie américaine, E. Jones et J. J. Putnam fondent l’American Psychoanalytic Association (APA) à Baltimore, association qui comprend des membres venus du Canada et de toute l’Amérique (Président : Putnam, secrétaire : Jones).
Peu avant, le 12 février, Brill forme le premier groupe local américain sous le nom de The New York Psychoanalytic Association. Il refusa que cette association puisse admettre des membres non-médecins contre l’avis de Freud. Cette société est statutairement conçue pour ne réunir que « cinquante médecins engagés en psychanalyse ». Bronislav Onuf, neurologue new-yorkais, qui depuis 1890 suivait les publications de Freud , en est le vice-président. Dix des quinze fondateurs travaillent ou ont travaillé à l’hôpital d’État de Manhattan. La société de New York décide de na pas s’affilier à l’APA et désigne Brill pour la représenter à Weimar, ledit congrès accepta le principe de la double affiliation. Putnam met en place un poste de psychanalyste pour Emerson au Massachussets General Hospital. Séjournant à Vienne avant de se rendre à Weimar pour le III° Congrès international de psychanalyse, il passe six heures en analyse avec Freud. Putnam témoignera en 1913 et reconnut que « l’investigation psychanalytique... l’a énormément aidé, eu égard à la fois à ses sentiments envers sa fille et à sa tendance à la dépression, sans parler de son attitude générale envers la vie »
Parution du premier livre américain sur la psychanalyse Mental Mechanism, écrit par W. A. White.
Inde et Australie : Le 12 mars, Freud à S. Ferenczi : « Dimanche dernier, j’ai eu la visite de notre adhérent en position avancée, Sutherland, de Sagar, en Inde, qui est un homme magnifique, il traduit l’Interprétation des rêves [...] Il est soutenu par un plus jeune, Berkeley-Hill, qui fait de la psychanalyse avec les hindous et trouve auprès d’eux confirmation de tout et il veut publier là-dessus. Il y a deux jours, un autre continent s’est annoncé : l’Australie. Le secrétaire du département de neurologie du Congrès australo-asiatique s’abonne au Jahrbuch et me demande un bref rapport sur mes théories, à paraître dans les publications du Congrès, car ces théories sont encore complètement inconnues en Australie. D’Afrique, encore aucun signe de vie ! ». La présentation de Freud paraît dans Transactions of the Ninth Session, Australian Medical Congress, à Sidney sous le titre « On Psycho-analysis ». Berkeley-Hill (1879-1944) est médecin major au Bengale, puis à Bombay ; tout comme Sutherland, il adhère d’abord à l’Association américaine, pour être ensuite un membre fondateur de celle de Londres. Il fut analysé par Jones. W. D. Sutherland (1866-1920) est médecin d’état-major dans une académie de cavalerie à Sanghor. Andrew Davidson (1869-1938), né en Écosse, est psychiatre à Sydney ; il est secrétaire de la section de médecine psychologique et de neurologie du congrès médical australo-asiatique.
Allemagne : Deux congrès psychanalytiques se tiennent, l’un à Munich le 7 septembre, l’autre à Weimar (III° Congrès international de psychanalyse), quatre jours après.
Espagne : José Ortega Y Gasset publie un long texte, « La psychanalyse, une science problématique ». L’auteur est un philosophe important, pour certains un des précurseurs de l’existentialisme, qui s’est également formé en Allemagne. Il sera l’auteur de La révolte des masses (1929). Par le biais de la Revisita da Occidente, il tentait d’exposer et de défendre les principaux courants de la pensée scientifique et philosophique de langue allemande.
France : En mai, Freud cherche comment faire mieux connaître la psychanalyse. Dès 1900, des travaux d’auteurs de la Suisse romande ou de France discutent des textes de Freud, mais trop souvent dans le but de les adapter au « génie francophone » (sic) ou de les rendre « plus clairs » (sic), en abrasant leur originalité avec des rémanences du vocabulaire de l’hypnose (P. Ladame, 1900 ; Morichau-Beauchant, 1911 : « Le rapport affectif dans la cure de psychonévroses », dans La Gazette des Hôpitaux civils et militaires que Freud qualifia d’"admirable article" et qui fut également fort estimé par E. Jones ; N. Kostyleff, 1911-1912 ; A. Hesnard, 1912 ; Y. Delage, 1915).
Grande-Bretagne : Freud est convié à devenir membre correspondant de la London Society for Psychical Research.
Grande-Bretagne : Parution dans un volume de la revue de neurologie, Brain, d’un essai que Jones qualifie de « magistral », « La conception freudienne de l’hystérie », dû à Bernard Hart et fort louangeur pour la psychanalyse, auquel fit suite une bibliographie incluant 281 titres d’ouvrages de psychanalyse..
Pays-Bas : le Dr. Stärcke, près d’Utrecht, demande son admission à l’Association. Le Dr. van Emden, de Leyde, a appris la psychanalyse sur lui-même et écrit à Freud qu’il a l’intention de l’appliquer sur ses malades.
1912
En janvier, Rank fonde, en collaboration avec Hans Sachs, Imago (Zeitschrift für Anwendung der Psychoanalyse auf die Geisteswissenschaften (Revue pour l’application de la psychanalyse aux sciences de l’esprit). Parution du numéro un le 28 mars chez l’éditeur viennois Hugo Heller. Rank est rédacteur en chef d’Imago. « Hans Sachs a créé en 1912 la revue Imago qu’il dirige avec Rank ; en éclairant, au moyen de la psychanalyse, des systèmes et des personnalités philosophiques, Hitschmann et von Witerstein ont inauguré, dans cette même revue, des travaux dont il reste à souhaiter qu’ils soient poursuivis et approfondis ». (Sur l’histoire du mouvement psychanalytique, p. 70). Imago se proposait de se spécialiser, comme le proclamait son en-tête, dans l’application de la psychanalyse aux sciences humaines. À l’origine, « cette nouvelle revue, nullement médicale » devait s’appeler Eros et Psyché. Le nom qu’adoptèrent ses fondateurs en hommage à la littérature renvoie explicitement au roman récent du poète suisse Carl Spitteler qui avait célébré le pouvoir de l’inconscient dans une brumeuse histoire d’amour. Freud est d’abord inquiet pour Imago qui malgré les deux rédacteurs (Rank et Sachs, tous deux non-médecins « honnêtes garçons et brillants sujets ») risquait de connaître plus de difficultés que les deux autres périodiques. Mais les craintes sont vites détrompées. Imago, rapporte Freud à la fin de l’année 1912, « marche extraordinairement bien » ; le volume des abonnements (230), allemand en majeure part, est satisfaisant et Freud s’étonne de l’accueil plus réservé que les viennois font à Imago (lettre inédite à K. Abraham).
Mai : Freud présente à la Société de Vienne la première partie de Totem et Tabou et, en octobre, un travail intitulé « Le destin de deux femmes » qui a trait à la psychose.
Juin : E. Jones était à Vienne, sous l’impression de la sécession d’Adler et de Stekel, il craignait une rupture avec Jung. Le 30, avec l’accord de Freud et autour de celui-ci il fonde un Comité secret composé des plus proches disciples et chargé de veiller à la diffusion de la cause analytique. L’idée en avait germé chez Rank. S’y retrouvent S. Ferenczi, O. Rank, K. Abraham, H. Sachs, et bien sûr E. Jones et S. Freud. E. Jones fait une psychanalyse avec Freud puis avec S. Ferenczi. En 1919, Eitingon fut admis comme sixième membre, sur proposition de Freud. (1° août, lettre de Freud à E. Jones : « J’ose dire qu’il me sera plus facile de vivre et de mourir si je savais qu’il existait une telle association pour veiller à ma création... quoi que puisse nous réserver l’avenir, le futur chef de file du mouvement psychanalytique pourrait sortir de ce petit cercle d’hommes triés sur le volet, à qui je suis encore prêt à faire confiance malgré mes récentes déceptions.
Eté : Freud lit La religion des Sémites de Roberton Smith et y trouve confirmation de ses idées qu’il inclinait à trouver trop osées. « Le livre donne l’impression de circuler sur de l’eau en gondole. »
Publications : Au début de cette année 1912, Freud et Stekel ont eu une explication. Pour se défendre contre les thèses de C.G. Jung, S. Freud voulait instaurer pour le Zentralblatt un « Comité de référence » (Reitler, Hitschmann, Tausk, Ferenczi). Ils devaient en particulier discuter des travaux du Jahrbuch dans l’esprit de Freud. Mais Stekel déclara qu’il n’admettrait jamais que V. Tausk écrive dans son journal novembre (lettre du 27 octobre à Ferenczi). L’éditeur Bergman n’admettant pas le licenciement de Stekel comme rédacteur, Freud lors du congrès des dirigeants des Associations psychanalytiques locales, à Munich, convint d’abandonner le Zentralblatt à Stekel et de fonder le International Zeitschrift für arztliche Psychoanalyse. Offizielles Organ des Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung (ed H. Heller). Il écrit à Jones pour l’enjoindre de retirer son nom du comité du périodique de Stekel. O. Rank avec Ferenczi sont rédacteurs de l’Internationale Zeitschrift. À partir de 1939 la revue fusionnera avec Imago .Le n° 1 est prévu pour la mi-janvier 1913. Stekel manifeste de fortes propensions à faire du Zentralblatt sa chasse gardée. Rupture virulente et effervescente avec Freud.
Novembre : « Le Congrès a officiellement fait du Zentralblatt son organe » (letre de Jones à Freud du 6 novembre).
Décembre : Le 2, un accord provisoire a eu lieu entre l’éditeur J.F. Bergmann et C.G. Jung concernant la séparation du Korrespondenzblatt et du Zentralblatt.
Kafka (Franz) compose « Le verdict » et dans son Journal, cite Freud et associe sur sa propre vie et sur celle de son père.
Sabrina Spielren publie l’article qu’elle a présenté l’année précédente à Freud « La destruction comme cause du devenir », de nombreux commentateurs y voient une préforme de la théorie de la pulsion de mort
France : Le 2 janvier 1912, dans une lettre de K. Abraham à S. Freud : « Les derniers bons augures viennent, cela est étonnant, de France. Avec Morichau-Beauchant, de Poitiers, nous avons gagné un appui solide et aujourd’hui j’ai reçu une lettre d’un élève de Régis, à Bordeaux, qui de la part de ce dernier, et au nom de la psychiatrie française présente des excuses pour le dédain dans lequel la psychanalyse a été tenue jusqu’à présent en France et se déclare prêt à publier dans L’Encéphale un long article sur elle. »
Grèce : la psychanalyse y fait son entrée par la traduction dans une revue littéraire d’avant-garde de l’article de Reik « poésie et psychanalyse ».
Japon : Kenji Otsuki, qui a suivi des études de Lettres avant de s’intéresser à la psychanalyse, mentionne Freud dans un article portant sur la psychologie de l’oubli.
Russie : À la charnière 1911-1912, création du Cercle Psychanalytique de Moscou.
Suisse : Bleuler quitte définitivement l’API, en novembre 1912
1913
Janvier : Freud présente à la Société de Vienne, la seconde partie de Totem et Tabou
Mai : Le 25, première réunion du Comité secret. À cette occasion, Freud offre à ses disciples membres du Comité une entaille grecque de sa collection montée en chevalière.
Publications : K. Abraham constate que Stekel connaît bien des difficultés pour maintenir le Zentralblatt qui menace ruine .
Septembre : 4° congrès de l’IPA à Munich (président C. G. Jung). Les partisans de Freud contraignent Jung à démissionner de ses fonctions de rédacteur en chef du Jahrbuch (démission effective le 27 octobre) qui sera nommé Jahrbuch Der Psychoanalyse. Ce nouveau Jahrbuch, V, 2, (1913) porte à la page 757 les communications suivantes :
Déclaration du Prof. Bleuler : « Ce volume achevé, je me retire en tant que rédacteur de la rédaction, mais continuerai bien entendu à porter tout mon intérêt à la revue ».
Déclaration de la rédaction : « Je me suis vu obligé de démissionner en tant que rédacteur du Jahrbuch. Les raisons de ma démission sont de nature personnelle, c’est pourquoi je dédaigne une discussion publique » (C.G. Jung).
Communication de l’Éditeur : « Après la démission du Prof. Bleuler et du Dr. Jung, le Prof. Dr. Freud poursuivra la publication du Jahrbuch. Le prochain volume en paraîtra au milieu de 1914 avec le titre de Jahrbuch Der Psychoanalyse. Rédigé par le Dr. K. Abraham (Berlin) et le Dr. Hitschman (Vienne) ».
« La publication n’entend plus comme par le passé servir d’archives à des travaux concernant ce domaine, mais remplir sa mission par une activité rédactionnelle qui s’attache à discuter toutes les méthodes et toutes les acquisitions relatives à la psychanalyse » S. Freud (Sur l’histoire... p. 87).
Premières expériences de psychothérapie de groupe par Jacob Moreno à Vienne.
Allemagne : En septembre, 4e congrès de l’IPA à Munich (président C. G. Jung). Les partisans de Freud contraignent Jung à démissionner de ses fonctions de rédacteur en chef du Jahrbuch, qui sera nommé Jahrbuch der Psychoanalyse.
États-Unis : en hiver, création par Whithe et Jelliffe à New York d’une nouvelle revue, exclusivement consacrée à la psychanalyse, The Psychoanalytic Review. An Educationnal American Journal of Psychonalysis.
France : Parution dans L’Encéphale, 10, avril, de « La doctrine de Freud et son école », important article de Angelo Louis Marie Hesnard, médecin de la marine nationale et du Pr. Emmanuel Régis. Hesnard, assistant du professeur E. Régis à la Clinique des maladies mentales de Bordeaux, traduit et commente les positions freudiennes. Régis condamne l’étiologie freudienne arguant que la recherche objective a établi de façon indiscutable les liens entre maladies du cerveau et psychonévroses.
Grande-Bretagne : Fondation de la London Psycho-Analytical Society. L’association compte treize membres, dont quatre exercent la psychanalyse. À Londres, au XVIIe congrès de médecine, Pierre Janet présente une communication sur la « psycho-analyse », où, contre Freud, il met en avant l’hypothèse d’une dépression mentale à l’origine du rétrécissement du champ de conscience. Il souligne, qu’à ses yeux, la méthode de Freud n’est pas expérimentable et réfute l’importance de la sexualité dans la genèse des troubles psychologiques. Lors de la discussion, il est critiqué par Jung et Jones. C’est dans ce contexte de critiques et de polémiques qu’à la demande de E. Rignano, Freud fait paraître son article sur « L’Intérêt de la psychanalyse » dans la revue Scienta (revue italienne fondée par E. Rignano et F. Enriquez, important forum international de la méthodologie scientifique). Henri Bergson, dans The Independant de New York, a fait l’éloge de la psychologie freudienne, devient président de la Society for Psychical Research de Londres. C’est à travers Bergson que de nombreux thérapeutes américains vont lire l’œuvre freudienne.
Devant la Société psychomédicale de Londres, Jung utilise pour la première fois le terme de « psychologie analytique ».
Hongrie : En mai, création par S. Ferenczi de la Société Psychanalytique de Budapest. Autour de lui, Sandor Rado (étudiant en médecine), Istvan Hollos (psychiatre), Hugo Ignotius (journaliste et rédacteur en chef de la revue Nyugat, « Occident »). Cette société allait se révéler, avec celle de Vienne, le centre intellectuel le plus important pour la psychanalyse. À partir de 1919, ils seront rejoints par Imre Hermann, Melanie Klein, Geza Roheim, René Spitz, Eugénie Sokolnicka.
Suisse : Pour parachever la rupture avec Jung qui est rejoint par Riklin, Freud veut rompre tout lien avec le groupe de Zurich. Il pense à la manœuvre suivante : dissoudre l’Association Internationale de Psychanalyse en déposant une demande de dissolution à la Centrale, demande signée des trois groupes de Vienne, Berlin et Budapest. Si Jung ne donne pas suite, il reste aux trois groupes la possibilité de se retirer et de fonder aussitôt une nouvelle association. À dater de cette rupture se pose la question de l’existence et de la nature des mécanismes spécifiques de la psychose et des voies de son traitement par la psychanalyse.
1914
Parution à Vienne du livre de L. Kaplan, Grundzüge der Psychoanalyse (Fondements de la psychanalyse), un des premiers résumés systématiques de la théorie de Freud. Le Dr. Léo Kaplan (1876-1956), né en Russie, s’installe à Zurich en 1897 et y demeure jusqu’à sa mort. À partir de 1910, il s’oriente vers la psychanalyse, mais n’appartiendra à aucune association scientifique.
Brésil : À Rio, conférence de Juliano Moreira à la Soc. Brésilienne de psychiatrie, neurologie et médecine légale sur la méthode freudienne. Genserico Aragao de Souza Pinto, médecin originaire du Ceará, publie sa thèse de médecine : « De la psychanalyse, la sexualité dans les névroses ».
États-Unis : À Buffalo, Helen J.C. Kuhlman soumet ses patients à des recherches sur le complexe d’Œdipe. Morton Prince voit paraître son ouvrage théorique fondamental : L’inconscient, qui contient une théorie psychologique qui fait de l’inconscient le mental ignoré sur lequel on peut faire des expériences hypnotiques, les personnalités d’un individu étant des systèmes d’état psychiques relativement indépendants, ayant chacun son organisation.
Séjour de Paul Federn, premier analyste didacticien aux Etats-Unis. Jeliffe et Oberndord (le premier historien de la psychanalyse aux Etats-Unis) entreprennent une analyse avec lui.
France : Parution de La Psychanalyse des névroses et des psychoses de A. Hesnard et du Pr. Emmanuel Régis. L’ouvrage sera réédité en 1922 et 1929. Sa préface est assez parlante : « Peut-être s’étonnera-t-on de voir cette vulgarisation d’une théorie allemande, à la fois si prônée, si contestée et, par certains côtés si étrange, entreprise par des psychiatres français qui ne passent pas pour sacrifier outre mesure à la mode actuelle du germanisme scientifique [...] L’impartialité indépendante vis-à-vis de l’étranger ne saurait être confondue avec la xénophobie [...] En dépit de ses exagérations, de ses outrances, de ses allures mystiques, voire de ses étrangetés, cette doctrine est loin d’être sans grandeur. »
Hongrie : Ferenczi qui se rendait à Vienne est rappelé en Hongrie pour servir comme médecin d’un corps de hussards basé à Papa, à peu près à 120 km de Budapest.
Italie : Marco Levi-Bianchini, maître de conférences à Naples, rédacteur en chef du Manicomio (recueil d’ouvrages psychiatriques, publiés par l’Archivio di Psichiatria e Scienci Affini, Nocera Superiore-Naples) envisage la traduction des neuf conférences américaines (celles de Freud et celles de Jung. Il traduira les cinq conférences de Freud). Il offre aussi un échange de revues. Propositions que Freud accepte (lettre à Ferenczi du 30 octobre). Marco Levi-Bianchini (1875-1961) s’intéresse dès 1900 à la psychanalyse, tout en exprimant des réserves sur la théorie de la sexualité. Membre fondateur en 1925 de la Société Italienne de Psychanalyse, il en reste le président d’honneur jusqu’à sa mort. Egalement membre de l’Association viennoise (1922-1936), la Société Italienne ne fait pas partie de l’IPA. Bien que membre du parti fasciste, Marco Levi-Bianchini est suspendu de ses fonctions en 1938, en raison de son origine juive. Il sera un des rares membres de la Société Italienne à ne pas émigrer et publie un livre sur Freud en 1940. Sa traduction des Cinq Psychanalyses paraît en 1915 et constitue le premier volume publié par la Biblioteca Scientifica, fondée par lui-même et qui deviendra Bibliot. Pychoan. Int.
Japon : Yoshibidé Kubo, après un séjour à la Clark University où il fut introduit aux thèses psychanalytiques par S. Hall, publie une érie de textes sur le rêve.
Pays-Bas Gerbrandus Jelgersma, Professeur titulaire de psychiatrie à l’Université de Leyde tient, le 9 février, pour le 319° anniversaire de la fondation de l’Université un discours rectoral portant sur « la vie psychique inconsciente »
Suisse : Le 20 avril, démission de Jung de la Présidence de l’Association Internationale. En juillet, la section locale de Zurich quitte l’Association Internationale (par 15 voix contre une). Pfister, le 13 juillet, puis le 28 juillet Binswanger, qui n’avait pas pu prendre part au vote, mais qui avait fait part à Maeder de son intention de voter contre une scission, demandent tous deux à rejoindre le groupe viennois.
Nouvelle-Guinée : B. Malinowski se rend chez les Mailu, en Nouvelle-Guinée, puis aux Iles Trobiand. Il critiquera et évaluera les thèses proposées par Freud dans Totem et Tabou.
1915
Les revues de psychanalyse vont pâtir de la guerre. Happé par la machine militaire, Rank est nommé rédacteur en chef d’un journal de propagande à Cracovie. Ces ennuyeuses fonctions paraissent à S. Freud un gâchis presque criminel. Il y a peu de temps et encore moins d’argent disponibles pour les divers périodiques psychanalytiques. Le Jahrbuch (éditeur Deuticke) cesse de paraître, tandis qu’Imago et l’Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse (fondé en 1913) ne tiennent le coup que sous une forme réduite. Freud délègue à Ferenczi le soin de maintenir en vie la Zeitschrift für Psychoanalyse qui paraît en 1915, alors que l’année 1916-17 ne sera imprimée qu’en 1918. Imago, ne paraît pas en 1915, et elle devra de nouveau s’interrompre en 1917 et en 1918. Deux livres parlent de psychanalyse et sont lus avec bienveillance par Freud. Il s’agit de On human motives de Putnam, à Boston et de De Bahandeling von Zenuwizieken door Pycho-Analyse (Le traitement de malades des nerfs par la psychanalyse) d’Adolf Fredrik Meijer, à Amsterdam. « Le livre de Putnam est intentionnellement vulgarisateur, sinon je dirais que c’est mauvais. Gentil comme tout, fidèle aussi (Jung ne s’y trouve pas, Ferenczi est cité) [...] La psychanalyse hollandaise provient d’A. Meijer [...] correcte, raisonnable. Un homme tout à fait nouveau. Il a été analysé par un élève de Jung, mais il s’est forgé un jugement selon lequel les affirmations de Jung auraient été anticipées par moi, qu’il n’aurait rien dit de nouveau » (Freud à Ferenczi, le 10 juillet).
Hiver 1915/1916 : Freud donne son premier cycle des 28 conférences à l’Université de Vienne.
Argentine : Honorio Delgado qui fut l’un des grands précurseurs du développement de la psychanalyse en Argentine, œuvrait dès 1913 (au Pérou) à faire connaître les travaux de Freud auprès de ses collègues, malgré une profonde ambivalence qui l’amenait à souvent déformer la pensée de Freud. Sa première publication, en 1915, publiée dans El Commercio, commente l’article de Freud « L’intérêt pour la psychanalyse ».
Brésil : publication de la thèse soutenue l’année précédente par Pinto et qui sera le premier livre brésilien de psychanalyse
Grèce : Manolis Triantafyllidis, professeur de linguistique, rédige : « L’origine de la langue et la psychologie freudienne » premier texte d’un auteur grec consacré à la psychanalyse. Triantafyllidis suit à Munich une cure avec l’adlérien Self et entretient une correspondance avec Freud et Adler. La psychanalyse prend racine en Grèce dans les milieux littéraires, dès cette année paraissent des traductions en Grec de ses œuvres.
Norvège : J. I. Stromme donne à l’hôpital psychiatrique de Dale la première conférence sur la technique psychanalytique. Stromme s’était auparavant formé au Burghölzi, chez Bleuler et fut analysé par Pfister.
Portugal : Egas Moniz, qui sera prix Nobel de médecine et de physiologie, en 1949, et a joué un rôle politique d’importance (successivement Ministre à la Cour de Madrid, Ministre des Affaires étrangères et chef de la Délégation portugaise à la Conférence de la Paixà Versailles, publie « Les bases de la psychanalyse », à la suite de sa leçon inaugurale du cours de neurologie.
Prusse-orientale : Abraham est envoyé comme volontaire diriger l’hôpital d’Allenstein, il y reste jusqu’à la fin des hostilités.
Tchécoslovquie : Stuchlik, né en Tchécoslovaquie est le premier psychanalyste tchèque. Il a travaillé à Munich chez Kraepelin, puis avec Bleuler au Burghölzli, et fréquentera en 1917 les séminaires de la Société Psychanalytique de Vienne. Il publie, en 1915, son premier texte psychanalytique en langue tchèque.
1916
Du fait de la guerre, Rank, enrôlé dans l’artillerie lourde depuis juillet 1915, part pour Cracovie, à la grande tristesse de Freud. Sachs le remplace dans les activités de l’Association viennoise. Durant les trois années de guerre Rank publiera la Krakaue Zeitung.
Hiver 1916/1917 : Freud donne son second cycle des 28 conférences à l’Université de Vienne. Autre parution de Kaplan, Problèmes psychanalytiques, que Freud juge politiquement digne d’éloges, mais « à part ça, ni profond, ni ambitieux ».
Mars : G. Roheim (1891-1953) âgé de trente-cinq ans commence sa cure psychanalytique avec S. Ferenczi. Roheim fera une seconde psychanalyse avec Vilma Kovacks, puis il devient psychanalyste dans l’Association hongroise.
Freud sera proposé pour le prix Nobel de Littérature par Barany
Allemagne : Groddeck crée et dirige le sanatorium de Baden-Baden qui n’est habilité à recevoir que des patients atteints de troubles organiques. Il y applique des méthodes thérapeutiques interventionnistes et peu conventionnelles, aux confins de la psychologie des profondeurs et de la médecine corporelle. W. G. Groddeck choisit comme son père, la carrière médicale, il fut l’assistant du célèbre docteur Schweninger, le médecin personnel de Bismarck. Dans un premier temps hostile à la psychanalyse, il se rapproche très vite de Freud et entre ainsi progressivement dans le cercle fermé des disciples proches.
Brésil : un médecin de l’état de Minas Gerais, Luiz Ribeiro do Valle publie Psychologie morbide dans l’œuvre de Machado de Assis ( 1916) qui sera un essai d’application de la méthode freudienne à la littérature
États-Unis : Watson lance des attaques très polémiques contre la psychanalyse, visant Freud et Prince. Le behaviorisme est alors en plein essor ce qui renforce la tendance de la plupart des psychologues et de quelques psychanalystes à ne voir dans l’inconscient freudien qu’un rouage plus ou moins secret de la machinerie neurologique.
Hongrie : Ferenczi prend en analyse Geza Roheim et Melanie Klein. La cure de Roheim commence en mars. Il fera une seconde psychanalyse avec Vilma Kovacs, puis deviendra psychanalyste dans l’Association hongroise.
Japon : Kiyoyasu Marui se forme à la psychopathologie et à la psychanalyse à la John Hopkins University (États-Unis) sous la direction d’Adolph Meyer. Il y séjournera jusqu’en 1919 où il sera nommé professuer de psychiatrie à l’unversité de Tôhuko à Sendaï. Ses élèves au Japon, notamment Kosawa, jetteront les bases de la psychanalyse au Japon.
Pays-Bas : Vers la fin de l’année, création de la Nederlandse Vereniging voor Psychoanalyse (NVP, Hollande) par J. Van Ophuijsen, qui avait semblé antérieurement être plutôt jungien.
1917
S. Freud envisage d’écrire un essai sur les répercussions des théories de J. B. Lamarck sur la psychanalyse (cf. son texte métapsychologique de 1915 : « Vue d’ensemble sur les névroses de transfert »).
Mort en Hollande de J. Stärcke « probablement une véritable perte » (Freud à Ferenczi, le 29 mai). Adhésion de Anton von Freund (dont Freud avait fait la connaissance l’année précédente en le traitant d’une névrose qui s’était développée à la suite de l’ablation d’un sarcome de testicule), de Groddeck (qui a adressé à Freud ses travaux) et de Pötzl. Ce dernier fait à l’université de Vienne des conférences décrivant des expériences touchant les rêves et qui doivent confirmer les théories freudiennes. Freud écoute ses cours et l’invite à assister aux réunions de la Société Viennoise.
Été : Mort au front de H. Graff, le fils unique de Rosa, sœur préférée de S. Freud. Hongrie : En janvier, S. Ferenczi propose comme thème de conférence pour le public de Budapest, « La névrose comme institution sociale » (il rajoute à Freud : « Thème que vous aviez promis à M. Bubber »).
États-Unis : Parution de Qu’est-ce que la psychanalyse ? de Coriat lequel applique la psychanalyse à l’œuvre d’art tout en vantant la fonction sociale de l’artiste. Il salue en la ballade du poète Conrad Aiken « La jigue de Forslin », « l’audace d’un chef-d’œuvre psychanalytique ». Traduction par Brill des Textes fondamentaux de Freud dont le Totem et tabou (Dans sa note de lecture à propos de cette traduction, White ne tient pas compte de la thèse du meurtre du père de la horde et renvoie directement à Frazer). White et Jelliffe donnent du modèle psychanalytique une vison complexe dans Les maladies du système nerveux, livre dans lequel ils affirment que, loin d’être réservée au seul traitement de la névrose, la psychanalyse peut être appliquée aux maladies mentales, de la démence précoce à la psychose maniaco-dépressive.
Pologne : Eduard Abramouski dirige une Association pour la Recherche en Psychopathologie qui deviendra un lieu où se rencontrent et débattent des psychanalystes polonais.
1918
Anna Freud commence une analyse avec son père. Sigmund Freud déclare à E. Weiss qu’il est simple d’analyser sa fille et à Sandor Ferenczi que la cure sera « élégante ».
Novembre, le 17 : lettre circulaire de Freud à Ferenczi, von Freund et Rank pour employer les intérêts de la fondation à la création de deux prix annuels, l’un affecté à un travail médical, l’autre à un travail appliquant avec succès l’analyse à un thème non médical (« de type Zeitschrift ou Imago »).
Brésil : Les idées de Freud sont commentées par le psychiatre Julio Pires Porto-Carrero, médecin de Pernambuco qui intègre des références à la psychanalyse dans ses recherches et ses études, tandis qu’Afrano Peixoto commente le livre de Regis et Hesnard, La psychanalyse des névroses et des psychoses, dans son enseignement de psychiatrie légale, et Henrique Belford Roxo mentionne les thèses psychanalytiques dans ses cours à la Faculté de médecine de Rio de Janeiro.
États-Unis : en novembre, mort de J. J. Putnam (annoncée à Freud par Jones en décembre). William Alanson White constate l’importance que prend la psychanalyse dans la vie américaine, dans ses institutions d’enseignement et ses productions artistiques ; il fera, par la suite, marche arrière. Naissance de la médecine psychosomatique : Smith Elly Jelliffe en forge le terme. À l’occasion de la grande grippe de cette année-là il affirme que chacun réagit au virus en fonction des facteurs de personnalité et de la façon dont sont traités ou ont été traité les conflits intérieurs. Freud le classe parmi les pionniers de la médecine psychosomatique.
Grande-Bretagne : Parution dans The Lancet de l’article de Williams H. Rivers, « Le refoulement de l’expérience de guerre », qui révolutionne la théorie du traumatisme y compris dans sa dimension transférentielle.
Hongrie : Le 23 mars, reconstitution de l’Association Psychanalytique hongroise. Avec le retour des médecins militaires, le nombre de praticiens de la psychanalyse est passé à cinq : Hollos, Harnik, Pfeifer, Rado et Ferenczi. Le ministre de la Guerre avait contacté Ferenczi pour fonder une sorte de clinique pour anciens combattants à Budapest. Celui-ci suggère l’embauche de Eitingon comme son assistant, mais il fut objecté que ce dernier n’était pas hongrois. En octobre, une pétition circule qui rassemble 180 signatures, pour que Ferenczi soit autorisé par le Recteur de l’Université à donner des cours de psychanalyse. Les 28 et 29 septembre, Ferenczi et von Freund organisent le 5e congrès de l’IPA à Budapest (Pdt. K. Abraham). Le congrès se déroule à l’Académie des Sciences en présence des représentants des gouvernements allemand, autrichien et hongrois. Au congrès, l’importance des névroses de guerre sur quoi Ferenczi a énormément travaillé est mise en évidence par Freud (intervention sur Die Kriegsneurosen und ihre Psychoanalyse), Ferenczi, Simmel et Abraham. Roheim intervient sur Das Selbst. Eine Volkspsychologie-Studie Les travaux sont salués avec un enthousiasme qui a pour conséquence de projeter la création de cliniques et d’hôpitaux psychiatriques sur la base de principes psychanalytiques, à travers l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Apparaît alors un rôle nouveau pour la psychanalyse, avec des implications politiques : la volonté de remédier aux problèmes sociaux. Les contributions d’Abraham, Ferenczi, Jones et Simmel seront publiées et constitueront le premier ouvrage des éditions psychanalytiques internationales. Au cours du congrès, H. Nünberg propose pour la première fois qu’une des conditions requises pour devenir psychanalyste soit d’avoir fait une psychanalyse. S. Ferenczi et O. Rank s’opposent au vote d’une motion en ce sens. S. Freud considère que le centre de la psychanalyse se trouve en Hongrie, pays où Ferenczi et la psychanalyse jouissent d’une brève période de soutien libéral sous le ministère de Mihaly Karoly. Ferenczi est élu président de l’Association Internationale.
Pérou : La Revista de psiquiatria y disciplinas conexas est fondée à Lima par H. Valdizlan et H. Delgado. Sa vocation interdisciplinaire s’affirme dans son sous-titre : « Publication trimestrielle de psychiatrie, psychanalyse, pédagogie, sociologie, médecine légale, criminologie et histoire de la médecine ». Les théories des rédacteurs sont tout à fait éclectiques qui entremêlent les thèses de Freud, Adler et de Jung. La revue n’en a pas moins joué un rôle pionnier pour la diffusion de la psychanalyse en Amérique du Sud.
Pologne : Ernst Simmel, médecin chef de l’hôpital de Posen (Silésie), introduit les principes de la cure psychanalytique et de la cure cathartique dans le traitement des patients. Il écrit un ouvrage Névroses de guerre et traumatisme psychique. Cet ouvrage est salué par Freud : « Voici pour la première fois un médecin allemand qui se situe entièrement, sans condescendance protectrice, sur le terrain de la psychanalyse. »
Une association psychanalytique polonaise est fondée (en 1923 le Internationaler Psychoanalyse Verlag crée un fonds polonais).
Russie : En Ukraine, à Odessa, Moshe Woolf, crée la revue La vie de l’âme.
1919
Janvier : Création de l’Internationaler Psychoanalytische Verlag (directeurs : Freud, Ferenczi, Rank, von Freund). Un don généreux d’Anton von Freund (Antal von Freund von Töszeghi, 1880-1920), patient de Freud et proche du groupe de Budapest, permet de financer une maison d’édition consacrée à l’analyse, la Verlag. Rank, l’un des membres fondateurs, en est directeur. La Verlag sera détruite en mars 1938 à Vienne par les nazis, après l’Anschluss. Anton von Freund, fils d’un riche brasseur hongrois, brasseur lui-même et docteur en philosophie est membre du « Comité secret ». L’analyse de von Freund par Freud est particulièrement intéressante, y compris celle du « fantasme névrotique » de « rendre le père riche ». L’Internationaler Psychoanalytischer Verlag passe sous la gestion de Rank.
Mars : K. Abraham demande à Freud que l’on renouvelle l’expérience du Jahrbuch. « Je continue à penser que la suppression du Jahrbuch a été une erreur. Maintenant que nous avons justement une maison d’édition à nous, il faudrait qu’existe, en plus de la Zeitschrift à laquelle on s’abonne, un Jahrbuch qu’on achète pour se mettre au courant de l’état de la science. Les comptes-rendus d’ouvrage encombrent inutilement la Zeitschrift » (cf lettre de Freud à Abraham, 1919. « Votre invite à remettre le Jahrbuch en marche appelle également un examen minutieux et pourra intervenir dans vos entretiens avec Rank. Les difficultés m’apparaissent à présent plus grosses que le besoin. Étant donné l’énormité des frais d’impression, la maison éprouve déjà l’entretien de deux revues comme une lourde tâche. En outre, la troisième serait limitée à un public purement psychanalytique dont le pouvoir d’achat n’est pas très grand. Peut-être pourrait-on inciter Deutike à reprendre le Jahrbuch ; mais je crains que la matière que nous produisons au cours d’une année ne suffise pas à l’alimenter »).
Parution de « Faut-il enseigner la psychanalyse à l’Université » dans l’hebdomadaire hongrois « La thérapeutique », dans la cadre d’une enquête sur la réforme de l’enseignement médical, il était alors question d’intégrer l’enseignement psychanalytique dans les études de médecine (plus d’un millier d’étudiants adressèrent une pétition en ce sens au recteur de l’Université)
Avril : À Leipzig à l’initiative de l’étudiant en médecine Karl H. Voitel est fondée une Société pour la recherche psychanalytique.
Mai : « Sachs donne des cours devant un bon public payant » (S. Freud à S. Ferenczi).
Juillet : Lettre de Freud à O. Pfister : « Le Dr Tausk a mis fin à sa vie. Un grand don, mais un être poursuivi par le destin, une victime de la guerre, après coup ; l’avez-vous connu ? ».
Allemagne : Max Eitingon et Ernest Simmel présentent à la Société Psychanalytique de Berlin, alors présidée par K. Abraham, le projet d’une policlinique où des cures psychanalytiques pourraient être menées gratuitement, selon un vœu exprimé par Freud que les classes pauvres bénéficient du soin psychanalytique. L’Institut sera fondé l’année suivante ; son statut élaboré en 1923.
Brésil : Franco de la Rocha est le premier titulaire de la chaire de neuropsychiatrie de la Faculté de médecine de Sao Paulo. Le journal O Estado de Sao Paulo (20 mars) publie sa conférence inaugurale « Du délire en général » où est mentionné l’apport freudien. La même année, il publie dans la Revue du Brésil l’article « La doctrine de Freud ». En novembre, Medeiros de Albuquerque donne une conférence à la polyclinique de Rio de Janeiro « La psychologie d’un neurologiste - Freud et les théories sexuelles ».
France : Jean Piaget, installé à Paris donne une conférence sur la psychanalyse et la psychologie de l’enfant à la Société Binet. Ce texte fait de lui un des premiers présentateurs des thèses freudiennes en France.
Grande-Bretagne : En février, dix membres de la London Psycho-Analytical Society attachés à l’œuvre freudienne défont le groupe et le reforment sous le nom de British Psycho-Analytical Society, qui sera la septième composante de l’IPA. Ils portent Jones à la présidence.
Mars : E. Jones rencontre O. Rank en Suisse dans le but de créer une filiale de l’Internationaler Psychoanalytische Verlag à Londres.
Hongrie : en mars-avril, lorsque le régime libéral de Karolyi tombe et est remplacé par le gouvernement communiste de Béla Kun, Ferenczi est nommé par la « République des Conseils » au poste de professeur de psychanalyse (le premier au monde) à l’Université de Budapest. Sandor Rado a joué un grand rôle dans cette nomination. Roheim sera parmi les professeurs nommés. Fanny Hann enseigne à l’Université dont elle sera licenciée pour sa participation au programme culturel pendant cette période de la « commune hongroise ». Imre Herman sera assistant de Geza Revesc qui vient aussi d’être nommé professeur. Mélanie Klein présente devant la Société Hongroise de Psychanalyse son premier cas d’analyse d’enfant, « Der Familienroman in statu nascendi », qui lui vaut son entrée comme membre et sans supervision. Elle y expose, sous le prénom de Fritz, l’analyse de son fils Erich qu’elle observe depuis l’âge de trois ans. En août, après la « terreur rouge », la « terreur blanche » ; un groupe de commandos anticommunistes et farouchement antisémites influencent le pouvoir qu’exerce le contre-amiral Miklos Horty de Nagybana après qu’il ait renversé B. Kun. Le professorat de Ferenczi lui est retiré. En 1920, il sera exclu de l’Association des médecins hongrois. Dans ces circonstances, le Comité secret (créé en 1912) estime plus prudent de confier la présidence de l’IPA à Jones, résidant en Angleterre. Ferenczi démissionne de son poste.
Italie : Edoardo Weiss est le premier italien qui pratique la cure standard. Il connaît Freud a été analysé par Federn, il rentre à Trieste et y pratique l’analyse.
Pologne : Eugénie Sokolnicka qui est retournée en Pologne, traite pendant six semaines un garçon atteint de névrose obsessionnelle, la technique de la cure est centrée sur l’interprétation des rêves et l’analyse du transfert, c’est une des toutes premières analyses d’enfant réalisée sur le principe de la cure d’un adulte.
Suisse : Création du Groupe psychanalytique de Genève présidé par E. Claparède. Parmi les membres : Pierre Bovet, Henri Flournoy, Charles Odier, Raymond de Saussure.
A Zurich se réunit la première séance scientifique de la Société suisse de Psychanalyse. Parmi les membres fondateurs : O. Pfister, E et M. Oberholzer, H. Rorschach, H. Frey, E. First et E. Neuenhofer. J. Piaget rejoindra cette société un an plus tard.
1920
Janvier, le 20, mort d’Anton von Freund des suites du cancer de la prostate au Cottage-Sanatorium de Vienne, où Freud lui rendit une visite quotidienne au cours de ses derniers jours. Freud est nommé professeur titulaire de la Faculté de Médecine de l’Université de Vienne. 5 jours plus tard meurt une des filles de Freud, Sophie. À partir du vol. 6 de la Zeitschrift disparaît de son titre la mention « ärztliche » (médicale).
Du 8 au 11 septembre, 5° congrès de l’IPA à la Haye (président E. Jones). Premier congrès international après la Première Guerre Mondiale qui devait, selon Jones, se tenir dans un pays neutre. Binswanger y fait une conférence sur « Psychanalyse et Psychiatrie clinique ». Début des grands débats sur la thérapie, sa technique et ses méthodes. Geza Roheim y est présent. Freud y intervient en lisant « Suppléments à la théorie des rêves ». À la suite de ce Congrès, Jones est nommé président du comité secret. Freud propose que les membres de ce Comité échangent des Rundbriefe, ou lettres circulaires. Ces lettres seraient hebdomadaires. Elles vont de deux à sept pages dactylographiées.
Allemagne : Max Eitingon et Ernst Simmel créent à Berlin une polyclinique psychanalytique. La capitale allemande rejoint la ville de Vienne aux avant-postes de la psychologie médicale.
Belgique : Fernand Lechat, son épouse Camille et Maurice Dugautiez, s’intitulant psychistes, mettent en place en 1920 un Cercle d’études psychiques où sont pratiqués, outre la psychanalyse, spiritisme et hypnose.
Brésil : Parution du premier livre brésilien consacré aux thèses de Freud, signé de Franco da Rocha, Le pansexualisme dans la doctrine de Freud qui sera réédité en 1930 avec un nouveau titre, La Doctrine de Freud, qui supprime la référence au pansexualisme, terme critiqué par Freud lui-même. Après la publication de son livre, Franco da Rocha a été considéré comme malade mental et une commission de la faculté de médecine a été formée pour mieux évaluer ses conditions mentales
Chine : Zhang Dongsun, philosophe et réformateur social, inquiet de l’éventuelle propagation du communisme en Chine après la révolution bolchevique, voit dans quelques thèses freudiennes un corpus théorique apte à donner appui à sa propre critique du marxisme. Il publie dans la revue Minfeng (La cloche du peuple) un article, « De la psychanalyse », mentionnant la collaboration de Freud avec Breuer, la cure de parole, la théorie du refoulement et de la censure.
France : Eugénie Sokolnicka s’installe en France avec l’aval de Freud. Introduite par Georges Heuyer à l’hôpital Sainte-Anne, elle analyse des médecins psychiatres de ce qui sera le service du Pr. H. Claude. Elle sera renvoyée de Sainte-Anne par Claude qui ne veut pas de psychanalyste non médecin. Elle trouve parmi les écrivains dont Jacques Rivière et André Gide un public passionné par ses « séances Freud ». Gide aurait fait une très rapide cure avec elle et il en dresse un portrait dans les Faux-Monnayeurs sous les traits de la « doctoresse Sophroniska ».
Grande-Bretagne et États-Unis : E. Jones fait sortir The International Journal of Psychoanalysis pour l’Angleterre et les États-Unis (cf. lettre de Freud à K. Abraham, 1919) ; cette revue deviendra en 1941 l’organe officiel de l’IPA. En Grande-Bretagne, traduction de L’Au-delà du principe de plaisir publié par la Hogarth Press. Ouverture au 51 Tavistock Square, Bloomsbury, Londres, par Hugh Crichton-Miller, de la Tavistock Clinic, premier centre psychodynamique de consultation externe conventionné en Grande-Bretagne. Les psychanalystes Susan Isaacs et Karin Stephen prennent part au programme de la formation de cette clinique. Rank et Jones sont nommés membres honoraires de la Société britannique.
Pays-Bas : Du 8 au 11 septembre, 5e congrès de l’IPA à La Haye (président E. Jones). Ce premier congrès international après la Première Guerre mondiale devait, selon Jones, se tenir dans un pays neutre. Binswanger y fait une conférence sur « Psychanalyse et Psychiatrie clinique ». Début des grands débats sur la thérapie, sa technique et ses méthodes. Geza Roheim y est présent. Freud intervient en lisant « Suppléments à la théorie des rêves ».
Jelgersma fonde l’Association pour la psychanalyse et la psychopathologie de Leyde qui entretient des bonnes relations avec l’Association psychanalytique néerlandaise
Pérou : Dans Le numéro 3 de la Revista de psiquiatria y disciplinas conexas Delgado rédige un article militant « Freud et le mouvement psychanalytique » illustré par un portrait pleine page de Freud. Ce dernier mentionnera la publication à deux reprises et déplorera sa disparition, en 1924.
République Tchèque : Arrivée à Prague de Roman Jakobson, fondateur du Cercle linguistique de Prague, dont les recherches sur la méthode structurale vont inspirer, bien plus tard, Cl. Lévi-Strauss et J. Lacan.
Russie : Moshe Woolf pratique à l’Institut de Neurologie et de Psychiatrie et y apporte une orientation psychanalytique.
Suisse : En décembre, la revue de Genève publie la traduction d’un texte de Freud ; sous le titre « Origine et développement de la psychanalyse », le psychologue suisse Yves le Lay rend accessible les cinq conférences que Freud avait prononcées lors de son voyage aux États-Unis, en 1909.
1921
G. Roheim obtient le prix Freud décerné à des travaux de psychanalyse appliquée.
Brésil : Henrique Roxo publie son Manuel de psychiatrie, où il réserve une trentaine de pages à la psychanalyse
Chine : Bertrand Russel en tournée de conférences à Pékin, à propos de son livre l’Analyse de l’esprit paru cette année, évoque l’inconscient dans une conférence. Il est invité par Zhang Dongsun
États-Unis : La psychanalyse est en passe de devenir un phénomène de mode. La grande presse y consacre de nombreuses pages. Brill aide le très connu journaliste Bruce Barton à rédiger « You can’t fool your other Self » article qui paraît dans l’American Magazine du 11 septembre. (Nathan Hale note que les versions populaires de la psychanalyse s’étaient coulées dans l’esprit du magazine à scandale ou de l’homélie religieuse.) Parution du livre Les concepts fondamentaux de la psychanalyse de Brill, marqué par un grand souci de décence et de respectabilité.
France : Première traduction d’un texte de Freud en France, Introduction à la psychanalyse (Payot, S. Jankélévitch). Albert Thibaudet, dans la Nouvelle Revue Française, explique l’intérêt de l’application de la psychanalyse à la littérature. André Breton entreprend un voyage à Vienne pour rencontrer Freud. Il en revient fort déçu n’ayan rencontré qu’un « petit vieillard sans allure qui reçoit dans son pauvre cabinet de médecin de quartier. Ah, il n’aime pas beaucoup la France, restée seule indifférente à ses travaux [...] J’essaie de le faire parler en jetant dans la conversation les noms de Charcot, Babinski, mais, soit que je fasse appel à des souvenirs trop lointains, soit qu’il se trouve avec un inconnu sur un pied de réticence, je ne tire de lui que des généralités ».
Iran : Les règles et les fondements de la psychologie (Ossoul va mabani ravanchenassi) traduit par Enayat présente parmi d’autres travaux ceux de Freud. (Téhéran, Shahriar, 391 pages).
Italie : La revue fondée par M. Levi-Bianchini, Archivio Generale di Neurologia e Psychiatria, ajoute la mention e Psicoanalisi.
Portugal : Egas Moniz, dans Le conflit sexuel, expose son expérience de psychanalyste à partir de deux récits de longues cures de patients névrosés reposant sur le dispositif divan/fauteuil, la règle fondamentale et l’analyse des rêves. Cependant, toujours préoccupé par l’hypnose, il fait aussi paraître une excellente biographie de l’Abbé Faria. Ces recherches lui feront délaisser la psychanalyse et toute forme de psychothérapie au profit de la neurologie
Russie : en mai, est fondée à Moscou l’Association russe psychanalytique qui compte 15 membres I. D. Ermakov en est son premier président, M. Wulff son secrétaire. Ermakov dirige deux dispensaires psychanalytiques et fonde une maison expérimentale d’enfants, plaçant V. Schmidt à sa tête. Cette expérience qui vise à pratiquer une éducation « libre » intéresse beaucoup quelques psychanalystes. Cette maison expérimentale fermera ses portes trois années plus tard, suite à des pressions politiques.
Tchécoslovaquie : N. J. Ossipov, psychiatre et fondateur de l’Association Psychanalytique de Moscou se réfugie à Prague. Il est rapidement nommé à la Faculté de Médecine de l’Université Charles comme responsable des séminaires de psychanalyse clinique. Ainsi Prague devient une des premières villes européennes où est dispensé un enseignement universitaire de psychanalyse, après Budapest où enseigne Ferenczi. Ossipov rassemble autour de lui un cercle d’émigrés russes dont Th. Dosuzkov. Il échange aussi avec le psychiatre tchèque Stuchlik. Le premier psychanalyste tchèque formé selon les règles de la psychanalyse didactique est E. Windholz, formé à l’Institut de Berlin.
1922
Ferenczi et Abraham viennent tous deux donner des conférences à Vienne (janvier). Ouverture à Vienne d’une clinique psychanalytique « L’ambulatorium » sous l’égide d’élèves de Freud, H. Deutsch, Federn et Hitschmann. Freud ne participera pas aux travaux de la clinique qui concernent plus particulièrement les psychoses et devint aussi le lieu principal pour les contrôles des étudiants. L’ambulatorium fonctionne avec des fonds privés, chaque analyste peut participer en recevant un patient sur cinq, gratuitement. Ils peuvent les recevoir, soit chez eux, soit à l’Ambulatorium, ou donner au centre l’argent correspondant à une cure. Freud donna à l’Ambulatorium une grande partie des fonds offerts pour son soixante-dixième anniversaire. Chaque analyste en formation est obligé de former gratuitement deux étudiants. C’est le cas du premier psychanalyste salarié de l’Ambulatorium, Richard Sterba. Reich est le premier assistant d‘Hitschmann à l’ambulatorium. Hostilité prononcée du milieu psychiatrique à cette initiative.
Allemagne : le 20 février, nomination du centre ouvert à Berlin dès 1920 par Simmel et Eitingon ; ce sera le Berliner Psychoanalytisches Institut. Du 23 au 27 septembre, 7e congrès de l’IPA à Berlin (président E. Jones). Début des controverses sur la sexualité féminine. Freud y fera une communication, non publiée, Quelque chose de l’inconscient et Abraham une communication sur la mélancolie. À partir de ce congrès, Binswanger marque ses distances avec la psychanalyse (cf. Journal de Binswanger le 23 septembre 1922). Mélanie Klein qui travaille à la polyclinique de Berlin et y donne des conférences lit, lors de ce congrès, un texte intitulé "Le développement et l’inhibition des aptitudes chez l’enfant" sera repris dans "L’analyse des jeunes enfants". Jean Piaget participe à ce congrès et donne une conférence sur la pensée de l’enfant.
Dans la Rundbrief de Vienne, du 1° novembre, il fut proposé de déplacer les activités du Verlag à Berlin, en raison de la situation économique en Autriche.
Argentine : Eugène Mouchet, professeur de psychologie expérimentale et de physiologie introduit dans ses cours une référence critique à la psychanalyse.
Espagne : Un éditeur madrilène, José Ruiz Castillo se propose sur les conseils de José Ortega y Gasset de traduire les œuvres de Freud. Le traducteur est D. Luis Lopez-Ballesteros y de Torres. La parution de cette traduction, la première des œuvres complètes au monde, s’étalera sur dix années.
France : En janvier, début à Paris de la « saison Freud ». Les milieux littéraires mettent la psychanalyse à la mode. Le 1er février a lieu la première représentation à Paris, par la compagnie de Georges Pitoëff, d’une pièce d’un auteur en vogue, H.-R. Lenormand : Le Mangeur de rêve. Le personnage principal est un psychanalyste qui aide sa patiente à retrouver un souvenir d’enfance traumatique à l’origine de ses troubles mais il ne peut empêcher son suicide à la suite de cette découverte. C’est un grand succès et les critiques se muent en commentateurs de la doctrine freudienne.
Grande-Bretagne : La traduction du « Léonard » de Freud est réservée aux médecins.
Inde : Création, à Calcutta, de la Société indienne de psychanalyse par Girindrasekhar Bose, jeune médecin qui avait pris connaissance des textes de Freud, en anglais. Il présidera cette association jusqu’à sa mort, en 1953. c’est un praticien de l’hypnose.
Russie : En mars, création à Kazan d’une Société psychanalytique placée sous la direction d’Alexandre Louria et réunissant une majorité de médecins. En mai création d’une association psychanalytique russe qui réunit le groupe de Moscou et celui de Kazan. S. Freud soutient l’adhésion de la Société Psychanalytique de Moscou à l’IPA, Jones la refuse. Elle sera acceptée en 1924.
Suisse : Henri Flournoy (fils de Th. Flournoy) s’installe à Genève en tant que psychiatre et psychanalyste.
1923
Freud présente les premiers signes d’une tumeur à la mâchoire droite. Projet de présenter l’œuvre de Freud sous forme d’une édition complète : Gesammelte Schriften (Écrits réunis). Rank remet à Abraham la charge et la complète responsabilité de la Korrespondenzblatt (bulletins locaux). Freud confie à Ferenczi, le 25 janvier, que lui et Rank avaient « poussé à la roue » pour obtenir la séparation de la Press (britannique) et du Verlag. Ferenczi et Rank critiquent les efforts d’Eitingon pour établir la psychanalyse à Paris et à Moscou. Ferenczi trouve à redire aux éloges dont Eitingon couvre R. Laforgue qui semblait ainsi minimiser les apports de sa propre analysante, E. Sokolnicka.
Allemagne : L’Institut de Berlin élabore son programme de formation qui repose sur trois fondements : psychanalyse personnelle, contrôle et séminaires théorico-pratiques basés sur l’étude de l’œuvre de Freud. Berlin fut le point de départ des psychanalystes anglais, français et hongrois et autres qui furent des pionniers de la psychanalyse dans leur pays : à Londres, Glover et Balint ; à Paris, Odier, Hartmann aux Etats-Unis, Garma à Buenos-Aires.
Argentine : Le médecin espagnol Gonzales Lafora donne des conférences sur la psychanalyse à la Faculté de Médecine.
Australie : G. Roheim se rend en Australie centrale et à l’île Normanby.
Brésil : Waclaw Radecki dirige le Laboratoire de psychologie de la Colonia de Psicopatas do Engenho de Dentro, à Rio de Janeiro, il fait une série de conférences sur les méthodes psychanalytiques en psychologie, à Sao Paulo.
France : Le 28 octobre, première rencontre entre M. Eitingon et R. Laforgue en vue de créer une société psychanalytique à Paris. S. Jankélévitch traduit Totem et Tabou(Payot).
États-Unis : Dans son autobiographie, qu’il publie peu avant sa mort, Granville Stanley Hall rend un hommage vibrant à Freud.
Portugal : Egas Moniz fait mention des idées de Freud dans la préface de l’une de ses nombreuses rééditions
Roumanie : Un élève de Charcot, George Marinescu, publie deux articles qui renseigneront les intellectuels roumains sur la psychanalyse, « Introduction à l’étude de la psychanalyse » et « Critique de la théorie freudienne ».
Constantin Vlad, psychiatre à Bucarest fait paraître, en roumain, sa thèse Contribution à l’étude du traitement psychanalytique. Il publie régulièrement par la suite (1926 : Dans le domaine de l’Inconscient psychanalytique) et ses principaux travaux portent sur le narcissisme, le symbolisme et la psychanalyse appliquée (étude sur le poète Eminescu, ou sur Lady Macbeth)
Russie : Création d’un Institut de psychanalyse d’État. Traduction de Totem et Tabou qui sera publiée par les Éditions d’État, dirigées par le mathématicien Otto Schmidt. Vice-président du comité de coordination de la Société Psychanalytique de Moscou et d l’institut psychanalytique (dirigé par I. Ermakov) il finance, de 1921 à 1926, la publication de la « Bibliothèque de psychologie et de psychanalyse », tout en assurant les moyens nécessaires aux institutions psychanalytiques grâce à son rang au sein du gouvernement. Quelques années plus tard, Trotski témoignera de son intérêt pour le freudisme qu’il voit relayer et confirmer le courant pavlovien. Cet intérêt se renforcera encore dès la publication du Malaise dans la civilisation.
Suède ; Groddeck effectue un séjour à Stockholm où de séminaires en conférences, il éveille l’intérêt de quelques médecin pour la psychanalyse
1924
Congrès de Salzbourg, en l’absence de Freud. Après le retour d’Eitingon, Freud, en faisant appel à Rado, provoque un entretien avec Abraham et Sachs pour régler la situation de Rank. Son départ est obtenu. « Nous avons perdu l’un de nos meilleurs éléments, mais ce n’était tout de même que l’un d’entre nous » (Freud le 12 novembre 1924 à K. Abraham). A. J. Storfer, psychanalyste viennois d’origine roumaine, remplace Rank au poste de directeur général de l’Internationale Psychoanalytische Verlag et assumera cette fonction jusqu’en 1932. Sandor Rado se voit confier la rédaction de l’Internationale Zeitschrift fûr psychoanalyse, trois ans plus tard Freud lui confiera aussi la rédaction d’Imago.
Belgique : parution d’un numéro spécial de la revue Le Disque vert (dir. F. Hellens, J. Paulhan et A. Salmon étant membres de la rédaction pour le France), intégralement consacré à des controverses et des hommages à propos de la psychanalyse. Psychanalystes, sommités médicales et littéraires, dont certaines proches du surréalisme, y sont publiés : G. Dwelshauwers (ultérieurement directeur du Laboratoire de Psychologie expérimentale de Catalogne, se montre très réservé vis-à-vis de la psychanalyse), V. Larbaud, A. Ombredane, H. Michaux, R. Crevel, F. Hellens (directeur de la publication, il se rapprochera ultérieurement des thèses de Jung). On peut citer de Crevel : « La psychanalyse nous permet de nous retrouver ; c’est beaucoup lorsqu’on songe au fatras de la civilisation ; à la vérité, elle a donné la notion d’une discipline plutôt que d’une science nouvelle. Aux plus audacieux, elle permet de trouver une morale, et encore une fois cette morale est individuelle, et c’est moins une morale qu’une hygiène d’âme » ; et de Larbaud : « Le désir, ou la manie, d’attribuer à la sexualité un rôle prépondérant sinon exclusif dans les phénomènes de l’émotivité donne à tous les développements de la doctrine de Freud un caractère de parti pris qui nous met en défiance. Et, du reste, s’il y a beaucoup de choses ingénieuses dans les exposés de Freud, il y en a aussi beaucoup qui nous paraissent arbitraires ou grossièrement déduites » ; de H. Michaux, enfin : « Si j’examine la folie, je trouve l’orgueil. Beaucoup plus de fous marquent l’orgueil que la libido. Dans le rêve même, l’instinct de conservation, l’instinct de domination, l’instinct de cupidité se retrouvent. Freud voit dans les rêves des verges symboliques. Moi, j’y vois des poings, des assiettes de la faim, des maisons d’avarice. L’amour propre est l’instinct intrinsèque de l’homme. »
Julien Varendonck (1879-1924), qui fut élève de Freud et auteur de The Psychology of Day-dreams (Psychologie des rêves éveillé, Londres, Allen & Unwin, 1921, préfacé par S. Freud et traduit par Anna Freud) et a séjourné à Vienne en 1923 pour y approfondir sa formation, ouvre un cabinet à Gand. Il mourra trop rapidement pour trouver analysants et élèves aptes à suivre sa voie.
Brésil : À Porto Alegre, Joao Cesar de Castro publie Conception freudienne des psychonévroses.
Espagne : José Sànachis Banus, psychiatre favorable à Freud, fait paraître La cuestion del psicoanalisis.
États-Unis : l’American Psychoanalytic Association vote une résolution excluant tous les psychanalystes non-médecins. Rank donne des conférences à New-York auxquelles assiste un public nombreux.
France : Publication du livre de R. Laforgue et R. Allendy, préfacé par H. Claude et le Dr Lorge, La psychanalyse des névroses. Eugénie Sokolnicka rédige le premier article sur la psychanalyse dans le Traité de pathologie médicale d’Émile Sergent. Publication de l’article de G. Politzer, « Le mythe de l’anti-psychanalyse », qui défend l’œuvre de Freud tout en lui reprochant de continuer les travers de la psychologie classique : formalisme, abstraction et idéalisme.
Grande-Bretagne : Les membres de la Société britannique de psychanalyse, fondée en 1919, créent l’Institute of Psychoanalysis. Les premiers objectifs étaient de traiter les questions de trésorerie et les publications. Par la suite, l’institut assumera des tâches plus vastes : administration de la clinique et formation.
1925
Juin, le 20 : Mort de Joseph Breuer à l’âge de 84 ans.
Du 2 au 5 septembre : 9e congrès de l’IPA à Bad-Homburg, en Allemagne (président K. Abraham). Anna Freud y lit le texte que son père avait spécialement écrit pour l’occasion : « Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique ». L’état de sa santé de Freud l’empêche d’y assister, et à partir de là, il n’assistera plus aux congrès de psychanalyse. M. Eitingon instaure les règles de la psychanalyse didactique applicables à toutes les sociétés composantes de l’IPA par le biais d’une International Training Commission (ITC).
Le 25 décembre, mort de K. Abraham. Le 21 mai 1926, Freud à Binswanger : « Vous avez exactement deviné ce que la mort d’Abraham a représenté pour moi. Mais quand on vit si longtemps, on ne peut pas toujours éviter d’être un survivant. Après tout, la psychanalyse n’est pas une affaire personnelle et elle continuera d’exister, même si je n’en ai plus la maîtrise. »
Dans Int. Journ. Psychoanal., E. Jones répond aux critiques de B. Malinowski ouvrant la controverse où brillera G. Roheim.
Belgique : un autre numéro du Disque Vert traite de la psychanalyse : « Des rêves »
France : Georges Heuyer, professeur de psychiatrie infantile à la faculté de médecine de Paris, crée dans sa clinique annexe un laboratoire de psychanalyse que dirige Sophie Morgenstern. Lors de son retour de New-York, à la mi-février, Rank fait escale à Paris où il donne des conférences à la Sorbonne et a rencontré à plus d’une reprise des membres du noyau français : Laforgue, Sokolonicka, Bonaparte.
Grande-Bretagne, janvier : Londres, en décembre, à l’exemple de Berlin et de Vienne, inaugure un Institut de Psychanalyse, fondé sur la base d’une donation d’une ancienne patiente de Jones, Pryns Hopkins. Les Strachey invitent Mélanie Klein à Londres pour une série de conférences durant trois semaines.
Brésil : Arthur Ramos, médecin psychiatre qui s’est intéressé à la criminologie, la psychiatrie et l’ethnologie, publie sa thèse Primitif et folie, qui suscitera de nombreux commentaires. Ultérieurement, professeur renommé d’anthropologie, il écrivit quelques ouvrages psychanalytiques, bien qu’il n’ait eu aucune formation psychanalytique ni fait d’analyse personnelle. Il entretint une correspondance avec Freud, Jellife et Bleuler. Il fut le premier à publier, en 1934, une étude psychanalytique du nazisme. Le 11 février 1928, Freud écrira à Ramos : « Je viens de prendre connaissance de vos résultats à partir de vos rapports, je les trouve très intéressants et entièrement d’accord avec ce qui était attendu d’après les travaux psychanalytiques développés jusqu’alors. »
Durval Marcondes (1899-1981) a pris connaissance de l’œuvre de Freud par son professeur Franco da Rocha (lui-même psychiatre de grande renommée qui publia quelques ouvrages sur la psychanalyse freudienne). Il ouvre un cabinet de consultation où il traite des névrosés par la méthode psychanalytique.
Chili : Fernando Allende Navarro (1890-1981), le premier psychanalyste chilien, fit ses études médicales en Belgique, puis en Suisse où il travailla avec Rorschach. Il fait valider son titre à l’Université du Chili en soutenant sa thèse, El valor de la psichoanàlisis en la policlinica. Membre de la Société Suisse de Psychanalyse, puis de la Société psychanalytique de Paris.
Haïti : Semmering, villa Schüller, Freud le 9 juillet 1925 à K. Abraham : « Pour votre amusement, je vous raconte qu’a débarqué aujourd’hui un numéro du Matin, avec un éditorial sur la psychanalyse. Il semble n’y avoir là rien de spécial, mais le Matin en question paraît à Port-au-Prince à Haïti, et ce n’est pas tous les jours qu’on a de la correspondance de là-bas. »
Italie : Le 7 juin, à l’initiative de Marco Levi Bianchini, directeur de l’Hôpital psychiatrique de Nocera Inferiore (Salerne), est créée la Società psicoanalitica Italiana. Seul E. Weiss avait été analysé.
1926
Juin, le psychiatre brésilien de Rio Belford Rowo rend visite à Freud. Le 25 octobre, Freud rend visite, à Vienne, à Rabindranath Tagore.
Allemagne : Les psychiatres Robert Sommer et Wladimir Eliasberg fondent la Société générale de médecine psychothérapeutique. Parmi les membres A. Adler, C. G. Jung, K. Horney, E. Kretschmer, G. Groddeck, K. Lewin, E. Simmel. La Société allemande de psychanalyse refusa de reconnaître la Société générale de médecine psychothérapeutique où se trouvaient des « psychanalystes sauvages » désavoués par Freud (la Société générale de médecine psychothérapeutique visait à réunir tous les pratiquants des diverses formes de psychothérapie). En 1928, création du Journal de cette société qui prendra en 1930 le nom de Zentralblatt für Psychotherapie. Création, à Francfort, de l’« Institut Psychanalytique de la Communauté ouvrière psychanalytique de l’Allemagne du Sud-Est » créé, après son analyse avec Freud en 1919 par Karl Landaeur, avec Calra Happel et Erich Fromm, entre autres. G. W. Pabst dirige W. Krauss (acteur du Cabinet du Dr. Caligari) dans Geheimnisse einer Seele (Les mystères d’une âme), en collaboration avec K. Abraham et H. Sachs.
Brésil : Durval Marcondes, refusé au concours pour la chaire de littérature de l’École publique. Il y a présenté un texte « Le symbolisme esthétique dans la littérature. Essai basé sur les enseignements fournis par la psychanalyse ». Ce texte, publié avec une préface de Franco da Rocha fut envoyé à Freud qui répond à l’envoi. Le psychiatre de Sao Paulo, Osorio Cesar, envoie à Freud son livre L’art primitif des aliénés, mémoires de l’Hospice de Juquery (Freud répond à cet envoi). Mise en route, pour une brève durée, de la première Clinique de psychanalyse au siège de la Ligue brésilienne d’hygiène mentale, à Rio.
États-Unis : Entre 1926 et 1927, Ferenczi passe six mois aux États-Unis donnant des conférences avec un succès allant déclinant. Il forme des candidats, médecins ou non. Rank est également à New-York et donne des cours.
France : Création de la Société Psychanalytique de Paris (SPP), le 4 novembre. Allendy en élabore les statuts avec Pichon. Elle comprend d’abord neuf membres : René Allendy, Marie Bonaparte, Adrien Borel, Angelo Hesnard, René Laforgue (qui assurera la présidence jusqu’en 1930), Rudolf Loewenstein, Georges Parcheminey, Edouard Pichon, Eugénie Sokolnicka (vice-présidente), auxquels viendront se joindre Henri Codet, Charles Odier, Raymond de Saussure.
Grande-Bretagne : En février, Freud est nommé Membre honoraire de la Société britannique de Psychologie. Création de la London Clinic of Psychoanalysis. Chacun des membres était tenu d’assurer une séance gratuite par jour durant trente années. Mélanie Klein crée un groupe de psychanalystes d’enfants. Mélanie Klein qui arrive à Londres crée un groupe de psychanalystes d’enfants. La technique du jeu est assise sur un corps de doctrine solide.
Pérou : Delgado publie avec la collaboration d’intellectuels péruviens un numéro spécial de la revue Mercurio Peruano, consacré à Freud. La revue, fondée en 1791, était, à sa fondation, l’organe des intellectuels criollos éclairés. Cette même année, Delgado publie une biographie de Freud qui sera retouchée d’importance par le maître lui-même.
Suisse : Sur proposition de Binswanger, Freud est élu membre honoraire de la Société Suisse de Psychiatrie. Première réunion autour de Laforgue, de Robin et de Pichon de ce qui deviendra par la suite le Congrès des psychanalystes de langue française des pays de langue romane.
1927
Janvier : Freud séjourne à Berlin, chez son fils Ernst. Le 2, A. Einstein, accompagné de son épouse, vient lui rendre visite. Freud écrit à Ferenczi : « Il est gai, sûr de lui et agréable. Il s’y connaît autant en psychologie que moi en physique, aussi eûmes-nous une conversation très plaisante. » On trouve, à la fin de l’Épilogue (1927) quelques lignes dans lesquelles Freud revient sur la « démarcation » faite dans les publications entre « analyse médicale et application de l’analyse. Cela n’est pas correct. En réalité, la ligne de démarcation se situe entre la psychanalyse scientifique et ses applications dans les domaines médical et non-médical ».
Septembre : Congrès d’lnnsbruck. Dissolution du Comité, qui devient une structure administrative composée par les têtes de l’Association Internationale. Sandor Rado se voit confier la rédaction d’Imago.
Allemagne : Inauguration par le président de la Société psychanalytique allemande, Ernst Simmel (de 1926 à 1930), du Schloss-Tegel à Berlin-Tegel. Ernst Simmel deviendra le directeur de ce qui est le premier établissement mondial à pratiquer des cures psychanalytiques en institution. Simmel fut le premier à supposer possible le traitement psychanalytique de maladies organiques.
Brésil : Novembre, Durval Marcondes fonde à Sao Paulo la première Sociedade Brasileira de Psicanálise (L’acte de fondation inclut les psychiatres Franco da Rocha et Osório César, et deux modernistes très actifs : Menotti Del Picchia et Cândido Motta Filho, ainsi que d’autres intellectuels et médecins importants, parmi lesquels Raul Briquet, considéré comme un des hommes les plus cultivés de son époque). Deodato de Oraes publie La psychanalyse appliquée à l’éducation. Le roman de l’intellectuel d’avant-garde Mario de Andrade Aimer, verbe intransitif est critiqué pour excès de freudisme. Marie de Andrade propose l’utilisation du terme brésilien seqüestro(séquestre) pour traduire le mot allemand Verdrängung (refoulement) employé par Freud, ce terme qui sera adopté par d’autres écrivains, dont le poète Carlos Drummond de Andrade. Julios Pires Porto-Carrero traduit l’Avenir d’une Illusion, de Freud.
États-Unis : L’APA, enfreignant le règlement de l’IPA, limite l’exercice de la psychanalyse aux seuls médecins.
France : Le 25 juin, parution du numéro 1 de la Revue française de psychanalyse, organe officiel de la Société Psychanalytique de Paris, « revue publiée sous le haut patronage de M. le Pr. Freud ». Il contient « Le Moïse de Michel-Ange ». Cette revue reste fidèle à la démarcation analyse médicale d’une part, application de l’analyse de l’autre. On y trouve un article d’Allendy : « Les éléments affectifs en rapport avec la dentition ». Sacha Nacht, invité pour une conférence sur la schizophrénie, est élu membre de la Société Psychanalytique de Paris. Sophie Morgenstern (qui mettra fin à ses jours en 1940 lors de l’entrée de l’armée allemande dans Paris) publie un article décisif pour les cures d’enfants : « Un cas de mutisme psychogène traité dans le service du Dr. Heuyer ». Première publication en français d’un travail concernant l’application de la psychanalyse à l’enfant (à travers les dessins).
Inde : Affiliation de la Société indienne de psychanalyse créée par Girindrasekhar Bose à Calcutta.
Norvège : Stromme a en analyse pendant une année l’écrvain Knut Hamsun, alors âgé de 67 ans.
Russie : Marginalisation et déclin de l’Association Psychanalytique de Russie. Wulff ou Spielren s’exilent, les analyses didactiques cessent.
Yougoslavie : N. Sugar, formé à Berlin avec F. Boehm, a travaillé et publié avec Schilder, en 1927, est consultant à l’hôpital juif de Subotica et s’installe dans le privé. Il restera membre de la Société psychanalytique de Vienne jusqu’en 1937, date à laquelle il rejoindra la Société de Budapest.
1928
G. Roheim entreprend, avec l’aide financière de M. Bonaparte une expédition scientifique qui l’emmène à Aden (1928) en Australie centrale (1929) et en Mélanésie (1930) afin de recueillir des données pour démentir les objections de B. Malinowski à la théorie de l’universalité de l’Œdipe (avant tout dans les sociétés matrilinéaires). Roheim s’installe à Budapest après son retour.
Brésil : parution de l’unique numéro de la Revista Brasileira de Psicanálise, sous la direction de D. Marcondes, elle ne reparaîtra qu’en 1967. Ce numéro de 1928 a été envoyé à Freud, qui a répondu tout de suite en disant qu’il avait acheté une grammaire brésilienne et un dictionnaire allemand-portugais afin de pouvoir lire lui-même cette revue pendant les vacances. Marcondes a été également le fondateur du premier cours de psychologie au Brésil, à l’université de São Paulo.
Les principaux fondateurs du courant esthétique et anthropologique moderniste et « l’anthropophagie » Mário et Oswald de Andrade parlent de Freud d’une façon différente, chacun dans son style : le premier écrit dans une lettre de 1928 que Freud avait fait faire un immense pas à la psychologie et qu’il était, comme Darwin, une victime de ceux qui ne l’avaient pas lu ; le deuxième se répand avec effusion sur Freud plusieurs fois dans son œuvre.
Oswald de Andrade cite Freud trois fois dans son fameux Manifesto antropófago, qui est lancé en mai 1928 et propose une relecture complète de la culture brésilienne, tout en prenant appui à sa façon sur les notions développées de horde primitive et de tabou développées par le Freud de Totem et tabou.
Espagne : Ferenczi fait une communication en Espagne, « Apprentissage de la psychanalyse et transformation psychanalytique du caractère ».
Hongrie : Immense succès des conférences de Frenczi sur la psychanalyse, données à Budapest (il faut louer la grande salle de l’Académie de Musique pour contenir le public).
Japon : création par K. Otsuki de l’Institut psychanalytique de Tokyo qui sera , en 1931, affilié à LA.P.I.
Norvège : La psychanalyse commence à être pratiquée sous l’autorité de Harald Schjelderup, professeur à l’université d’Oslo. Cette année-là, sa chaire de philosophie est transformée en chaire de psychologie. Ses travaux concernant les résultats de la thérapeutique psychanalytique ont connu une importance internationale.
Roumanie : G. Retzeeanu publie une thèse sur Les rêves et les démences précoces ;
Suisse : à la suite de la publication de La question de l’analyse profane (Freud), des tensions s’exacerbent entre adversaire et partisans de la psychanalyse exercée par des non-médecins. Oberholzer quitte la Société suisse de Psychanalyse et fonde la Société médicale suisse de psychanalyse (non reconnue par l’A.P.I.)
Yougoslavie : S. Betheim formé auprès de P. Schilder, puis de S. Rado, en contrôe avec H. Deutsch, s’installe à Zagreb.
1929
Marie Bonaparte sauve la Verlag de la faillite. Rencontre de Freud et de Max Schur.
Congrès d’Oxford, moment de tension quant à la question de l’analyse profane (l’affaire Reik date de juillet 1926). Occasion aussi pour Ferenczi de promouvoir sa réhabilitation de la neurotica.
Allemagne : En février, création de l’Institut psychanalytique de Francfort (sous la direction de K. Landauer, H. Meing et Frieda From-Reichmann), qui travaille en étroite collaboration avec l’Institut en recherches sociales (M. Horkeimer, Theodor Adorno). Hokheimer (qui fit une analyse personnelle avec Landaueur) intégra l’Institut psychanalytique à l’université. S’en suit la création de plusieurs établissements psychanalytico-cliniques qui durent peu de temps, en raison de leurs difficultés financières.
Brésil : La Société psychanalytique brésilienne, reconnue par l’Association Psychanalytique Internationale en 1929, avait déjà à l’époque des filiales à Sao Paulo, Rio de Janiero et Bahia. Julio Porto Carrero, médecin de Pernambuco, publie Essais de psychanalyse (1929)
Chine : Traduction de Psychologie des masses et analyse du moi par Hsia Fu-Hsin, tenue pour la première traduction de Freud en chinois. De son côté, Zhang Dongsun rédige Psychanalyse ABC où il passe en revue les concepts de base des théories de Freud, de Jung et d’Adler. Les lapsus et les oublis de mots constituaient pour l’auteur des avancées qui « dépassaient le pouvoir explicatif de la psychologie générale ».
Japon : premières traductions de Freud
1930
Allemagne : Le 28 août, jour de la célébration de l’anniversaire de naissance de Goethe, Freud reçoit le prix Goethe de la Ville de Francfort à Francfort-sur-le-Main. Anna Freud lira le discours de son père. « Je ne le conteste pas, le prix Goethe m’a fait un très grand plaisir. Le fantasme d’avoir avec Goethe des rapports plus étroits est par trop séduisant et le prix lui-même est plus un hommage rendu à la personne du bénéficiaire qu’un jugement sur son œuvre. » Ce prix avait été créé en 1927. Lettre de Freud à S. Zweig : « Le prix Goethe était une surprise pour moi, cela faisait bien longtemps que je n’attendais plus de reconnaissance publique » (le 14 août).
Septembre, le 12 : mort de la mère de S. Freud.
Argentine : Freud reçoit la visite de deux psychiatres argentins reconnus, G. Bermann et N. Rojas.
Chine : Zhang Shizhao, traduit la Présentation de Freud par lui-même (1925) qui paraît à Shangaï (The commercial Press). Zhang Shizhao a occupé des positions importantes dans le gouvernement chinois avant et après la révolution de 1949. Il fut le seul chinois à correspondre avec Freud, comme en témoigne une lettre de Freud datée du 27 mai 1929 qui servira de préface à cette traduction : « Votre intention me fait le plus grand plaisir quelle que soit la façon dont vous souhaitez la réaliser, que ce soit en ouvrant la voie à la connaissance de la psychanalyse dans votre pays - la Chine - ou bien en proposant des contributions à notre revue Imago dans lesquelles vous mesureriez nos hypothèses concernant les formes d’expression archaïques au matériel de votre propre langue. »
Cuba : Lettre du Dr. J. Martin le 27 juillet à l’Institut psychanalytique de Berlin qui précise qu’il a une certaine pratique de la psychanalyse et souhaite poursuivre par correspondance un cursus psychanalytique.
États-Unis : Freud écrit la préface d’un numéro spécial d’une revue médicale américaine consacré à la psychanalyse (Medical Review of Reviews) pensant, à tort, qu’il s’agissait du premier numéro d’une nouvelle publication psychanalytique.
Plusieurs psychanalystes européens de renom (Rado, Deutsch, Alexander, von Ophuygen, etc.) sont invités au Congrès International d’hygiène mentale) à Washington. Après ce Congrès, Alexander accepte une chaire de psychiatrie à l’Université de Chicago. Il fondera par la suite l’Institut psychanalytique de Chicago.
France : Traduction du livre de Freud sur le mot d’esprit ; peu après Max Ernst emploie le mot d’humour noir pour la première fois. Autour de la revue L’Evolution psychiatrique, un groupe se réunit, renforçant la société scientifique de la revue. Bien que cette société ne soit pas une société de psychanalyse, sept des membres fondateurs de la Société psychanalytique de Paris s’y retrouvent. L’objectif de cette société était de promouvoir un renouveau de la psychiatrie, encore figée dans l’aliénisme du XIXe siècle. La psychanalyse et la philosophie comptaient au rang de ces disciplines dont le comité scientifique de la revue attendait qu’elles concourent à l’évolution de la psychiatrie. L’Evolution psychiatrique va faire connaître le courant de psychopathologie phénoménologique représenté par E. Minkowski, qui, en 1934, publie son ouvrage, Le temps vécu. La revue aide grandement à la diffusion des travaux de Jaspers et Binswanger. Dès 1936, un numéro jubilaire présente les travaux de Freud et la même année J. Lacan publie un de ses articles les plus importants, « Au-delà du principe de réalité ». De son côté, H. Ey présentera ultérieurement les conceptions de Bleuler.
Pays-Bas : À la suite de graves tensions et clivages entre partisans et adversaires de l’analyse profane, J. Van Ophuijsen fonde, sur le modèle de l’Institut de Berlin, un Institut de Psychanalyse.
Pérou : Delgado devient titulaire de l’unique chaire de psychiatrie. Il se détache du freudisme au point de devenir un adversaire résolu des idées psychanalytiques.
1931
Difficultés avec Storfer, directeur du Verlag, qui menace de démissionner. H. G. Wells fait la connaissance de Freud. Plus tard, il sera un de ses rares visiteurs londoniens.
Allemagne : Max Eitingon est président de la Deutsche Psychoanalytische Gesellschaft. Sous le titre la Guérison par l’esprit, Stefan Zweig réunit trois essais consacrés à Mary Baker-Eddy, Mesmer et Freud. Ce dernier lui écrit : « Je pourrais m’élever contre le fait que vous mettiez l’accent exclusivement sur l’élément de correction petit-bourgeois de ma personne ; le bonhomme est tout de même un peu plus compliqué. Votre description ne s’accorde pas avec le fait que j’ai eu, moi aussi, mes céphalées et mes états de fatigue, comme tout le monde, que j’ai été un fumeur passionné (je voudrais l’être encore) qui attribuait au cigare le rôle le plus important dans la maîtrise de soi-même et dans la ténacité au travail, qu’en dépit de la modestie si vantée de mon train de vie, j’ai fait beaucoup de sacrifices pour ma collection d’antiquités grecques, romaines et égyptiennes, que j’ai lu en réalité plus d’ouvrages sur l’archéologie que sur la psychologie, que jusqu’à la guerre il me fallut passer, au moins une fois par an, quelques jours ou quelques semaines à Rome (et une fois encore après la guerre). » (à Stefan Zweig, 7 février 1931, C. 440).
Brésil : Parution de la première traduction de Freud en langue portugaise, Cinq leçons de psychanalyse, due à José Barbosa Corrêa et Durval Marcondes (Sao Paulo).
Espagne : Angel Garma s’installe à Madrid. Il est membre adhérent de l’Association psychanalytique de Berlin après la présentation de son travail, « La réalité du ça dans la schizophrénie », où il discute les thèses de Freud à ce propos. Avant lui, la psychanalyse n’avait pas de véritable représentant en Espagne
États-Unis : Début de l’exode des psychanalystes vers le Nouveau Monde. Alexander (Chicago), Rado acceptent l’invitation de Brill à New York et devient le premier président de l’Institut psychanalytique (Institut de formation psychanalytique)
de New York.
France : À l’Hôpital Sainte-Anne Allendy préside la Conférence des psychanalystes de langue française, il y présente un discours d’ouverture qui porte sur les liens entre psychisme et organique et sur l’influence de la thérapie psychanalytique sur les maladies organiques.
Grèce : Andréas Embiricos, psychanalyste et poète, qui fera en 1935 un voyage en Mer Noire avec son amie Marguerite Yourcenar, est la première grande figure de la psychanalyse en Grèce. Vivant à Paris de 1926 à 1931, il se lia avec le mouvement surréaliste et noua des liens amicaux avec André Breton. Il fait connaître le mouvement surréaliste en Grèce. Il s’installe comme psychanalyste à Athènes en 1931.
Hongrie : Ferenczi fonde une polyclinique psychanalytique (rue Mészàros, à Budapest) dont il sera le directeur, Michaël Balint sera sous-directeur. C’est seulement avec cet établissement que l’Institut de formation se consacre à l’enseignement. Le nom de cette policlinique serait, selon Ferenczi « Consultation de l’Association hongroise de psychanalyse pour malades neurologiques et malades souffrant de troubles de l’humeur. » Quelques noms : Imre Herman, Michael Balint, Sigmund Pfeiffer, Geza Roheim, etc.
Italie : L’ouvrage de Edoardo Weiss, Elementi di psicoanlisi, préfacé par Freud, est le premier traité correct à propos de la psychanalyse paru en Italie. L’auteur, disciple de Federn, qui fut son psychanalyste, entretint une longue correspondance avec Freud. Le livre comprend cinq parties : 1) Qu’est-ce que la psychanalyse ? Le concept de ça et d’inhibition inconsciente. 2) Symbolisme. 3) Origine du Surmoi et des sentiments sociaux et religieux. 4) La théorie des pulsions. 5) Les systèmes psychiques.
Moravie (actuelle Slovaquie) : La municipalité de Freiberg, à présent Pribor, rend hommage à Freud (et à elle-même) en apposant une plaque de bronze sur sa maison natale.
Palestine : S. Golan, éducateur qui a suivi une formation psychanalytique à Berlin, et est élève de Moshe Woolf, met en place au kibboutz Michmar Haemek un institut d’éducation influencé par la psychanalyse.
Suède : le 21 août, Tamm, Schjelderup, Kulovesi, Raknes, Bratt, etc. , constituent un groupe de travail admis par l’API.
Tchécoslovaquie : alors que ni Stuchlik, ni Ossipov n’avaient suvi une véritable formation psychanalytique, il n’en est pas de même pour E. Windholz qui s’installe comme psychanalyste à Prague, en 1931. Ces trois praticiens font, cette année-là, poser une plaque sur la maison natale de Freud, à Freiberg, pour les 75 ans de ce dernier.
1932
Eitingon succède à Storfer à la tête du Verlag. Freud était très désireux de garder Rado comme rédacteur en chef de la Zeitschrift, mais le retour de New-York de celui-ci devenait de plus en plus improbable. Aussi, après de longues consultations, Freud choisit-il Federn et Hitschmann comme rédacteurs de la Zeitschrift, et Kris et Wälder pour Imago. Ils s’avèrent, selon E. Jones, tous quatre des choix excellents. En raison des difficultés financières de sa maison d’édition, Freud décide de la rédaction d’une nouvelle série de leçons sur la psychanalyse : Nouvelles conférences sur la psychanalyse.
Mars : Visite de T. Mann à S. Freud, puis de L. Binswanger.
Avril : S. Freud envoie une lettre à M. Bonaparte sur la nécessité de l’interdit de l’inceste.
Allemagne : En septembre, 12e congrès de l’IPA à Wiesbaden (président : Max Eitingon). Organisé par Karl Landauer, c’est le dernier congrès à se tenir en Allemagne. Un Comité International est fondé dans le but de superviser la gestion future du Verlag. Il comprend M. Bonaparte, A. A. Brill, E. Jones, C. Obendorf, I. von Opjuijsen, R. A. Spitz et P. Sarasin (sous-comité de travail : Sarasin, Spitz et Jones). W. Reich publie L’irruption de la morale sexuelle, étude à caractère sociologique reposant, en bonne part, sur les travaux de l’anthropologue B. Malinowski
Brésil : traduction de La Psychopathologie de la vie quotidienne et Totem et tabou aux éditions Guanabara
Danemark : Reich fait une intervention à Copenhague. Des Danois demandent à l’API qu’il vienne s’installer au Danemark en tant que didacticien, mais l’API lui préfère Jenö Harnik de l’Institut psychanalytique de Berlin.
États-Unis : Réorganisation de l’American Psychoanalytic Association en une fédération de diverses sociétés membres. Un Council on Professional Training est alors mise en place et se donne pour tâche de définir des critères de formation. Frantz Alexander invite Karen Horney à devenir directrice associée du tout nouveau Chicago Psychoanalytic Institute. Création à New York, sans doute en réaction à la déception et à la méprise de Freud en 1930 (Medical Review of Reviews), de la revue The Psychoanalytical Quartely, revue « strictement psychanalytique » en Amérique (rédacteurs Dorian Feigenbaum et Frankwood Williams).
Italie : En janvier, refondation par E. Weiss à Rome de la Societa Psicoanalitica Italiana (SPI), avec Nicola Perroti et Emilio Servadio. Fondation de la revue Rivista di Psicoanalisi, qui sera interdite par le régime fasciste dès la fin de l’année suivante.
Japon : Affiliation de l’Institut Psychanalytique de Tokyo. C’est aussi en 1932 que Heisaku Kosawa, qui a découvert les théories freudiennes grâce à l’enseignement du psychiatre Kiyoyasu Marui, séjourne à Vienne et présente à Sigmund Freud sa théorie du complexe d’Asaje. Il s’agit d’interpréter les classiques de la mythologie grecque par le biais des vieilles légendes bouddhiques. Ce complexe dont la théorisation se poursuivra jusque dans les années 1950 avec les apports de Keigo Okonogi met en valeur les notions de réincarnation et de salut de la mère. A Vienne, il suit un contrôle avec Sterba. Dès son retour, il ouvre un cabinet de psychanalyse ;
Roumanie : Ion Popescu-Sibiu, qui a entretenu une correspondance avec Freud, reçoit un prix de l’Académie roumaine pour un livre très complet sur la psychanalyse
1933
Allemagne : Le 30 janvier, A. Hitler est élu chancelier du Reich.
Février : Incendie du Reichstag à Berlin. M. Eitingon et S. Freud maintiennent l’existence de l’Institut psychanalytique de Berlin. Edith Jackson, membre de la DPG, entre en résistance.
Le 7 avril 1933 : Promulgation de la loi sur les ordonnances d’aryanisation des comités d’organisation nationale. Le 22, les médecins non-aryens sont exclus des caisses d’assurance maladie, la psychanalyse est attaquée comme « science juive ».
Mai : Mort de S. Ferenczi. Le 6 mai, dans le fil des consignes d’aryanisation, F. Boehm et C. Müller-Braunschweig proposent une aryanisation de la présidence de la DPG - ce dernier se donnera pour tâche de rendre conforme l’idéologie de l’institution au régime national-socialiste. La majorité des membres refuse cette modification (huit contre, cinq abstentions, deux pour). Le 10 mai, les livres de S. Freud sont brûlés par les nazis, avec ceux de beaucoup d’autres auteurs, dont S. Zweig. On entend proférer : « Contre la surestimation dégradante de la vie pulsionnelle ! Pour la noblesse de l’âme humaine, j’offre aux flammes les écrits d’un Sigmund Freud ! ». Le 18 novembre, Boehm et Müller-Braunschweig prennent la présidence de la DPG.
Juin : E. Kretschmer démissionne de l’Allgemeine Ärztliche Gesellschaft für Psychotherapie (cf. Allemagne, 1926), tombée sous le contrôle des nazis.
Septembre : Constitution de la Société allemande de médecine psychothérapeutique, branche nationale de l’AAGP. Les psychothérapeutes placent à leur tête M. H. Göring, neuropsychiatre de Wuppertal. Le Reichsführer Göring explique qu’une étude approfondie de Mein Kampf est attendue de tous les membres, ce texte devant constituer la base de leur travail. Kretschmer est remplacé par C. G. Jung qui déclare en décembre que « l’inconscient de la race juive ne peut être comparé à l’inconscient aryen ». C. G. Jung démissionnera de AAGP en 1940. Plusieurs psychanalystes d’origine juive de l’Institut de Berlin vont s’installer à Prague. Parmi eux : F. Deri, S. Bornstein, A. Reich (la première épouse de W. Reich). Plus tard, O. Fenichel les rejoindra. Début de l’émigration massive des psychanalystes allemands vers l’Argentine, l’Angleterre et les États-Unis.
Belgique : Ernst Hoffman, disciple de Freud et élève de Ferenczi s’installe à Anvers. Les deux grands pionniers de la psychanalyse en Belgique, M. Dugautiez et F. Lechat, commencent avec lui une formation.
Chine : Le psychologue Gao Juefu (qui deviendra, bien que très âgé, le doyen du premier centre universitaire de recherche en psychologie de Nanjing, 1982) est le traducteur de L’introduction à la psychanalyse et des Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, ainsi que des conférences prononcées à la Clark University. Il a rédigé une revue critique sur Freud et écrit, en 1931, un article sur ce dernier. Gao adhère à l’idée d’une causalité psychique mais, tout comme Zhang Dongsun, critique vivement la théorie freudienne de la sexualité.
Finlande : Kulovesi, qui a étudié à Vienne en 1921, puis en 1925 et 1926, élu en 1931 membre de la Société Psychanalytique de Vienne, et qui sera reconnu en 1936 comme didacticien, fait paraître le premier livre en finnois sur la psychanalyse : Psykoanalyysi.
France : Pierre-Jean Jouve et Blanche Reverchon publient dans la Nouvelle Revue Française l’article « Moments d’une psychanalyse ». Du même Pierre-Jean Jouve paraît le recueil Sueur de sang, dans lequel l’article « Inconscient, spiritualité et catastrophe » pose la question du rapport de l’écriture à la psychanalyse et à la foi.
Japon : parution du premier numéro de la revue de l’Institut psychanalytique de Tokyo : Seishin-bunseki (La psychanalyse) dirigé par K. Otsuki
Norvège : Création du groupe Psykoanalytisk Samfund (Irgens Johannes Stromme, Poul Bjerre et Sigurd Nassergard).
Palestine : M. Eitingon va voir Freud le 5 août. Il démissionne de toutes ses fonctions (ayant été démis en raison de ses origines juives de celle de directeur de la policlinique de Berlin) et le 8 septembre se rend en Palestine pour une visite préliminaire. Il y avait déjà séjourné en 1910. Pendant les deux mois qu’il y passe, il jette les bases d’une société psychanalytique palestinienne avec l’aide d’autres psychanalystes berlinois en exil. Il revient en Allemagne et quitte à tout jamais Berlin pour la Palestine le dernier jour de l’année. Il est rejoint par Moshe Wulf. Tous deux fonderont la première Société psychanalytique de Palestine, qui deviendra la Hacheva hapsychoanalytit Be-Israël.
Tchécoslovaquie : Frances Deri, psychanalyste allemande, crée et dirige le groupe d’études psychanalytique de Prague. Otto Fenichel lui succédera de 1935 à 1938.
1934
11 juin : Mort de Groddeck qui dirigea jusqu’à son décès le sanatorium de Baden-Baden,
Août : 13e congrès de l’IPA à Lucerne le 26 août, le premier à se tenir sans Ferenczi (président : E. Jones). À cette date, 24 des 36 membres des Instituts Psychanalytiques ont quitté l’Allemagne. Lors de congrès Jones remarque que « Dans ces dernières années, la Société Allemance a perdu, du fait de l’émigration, presque la moitié de ses membres »
Brill, fondateur de la Société de New-York et président de l’IPA écrit à Marcondès , lui demandant comment pourraient être accueillis, au Brésil, les psychanalystes qui veulent s’exiler de l’Allemagne.
Brésil : Arthur Ramos publie une étude psychanalytique du nazisme. Julio Porto Carrero publie Psychologie profonde ou psychanalyse ( 1934), volume qui réunit dix-sept conférences prononcées par l’auteur à Rio de Janeiro entre 1927 et 1929.
Chine : Ye Qing, polémiste, ex-dirigeant des jeunesses communistes en rupture de parti défend les recherches de Freud contre un ensemble de procès issus des représentants de la psychologie behavioriste (dont Guo Renuyan et Huang Weirong).
Danemark : W. Reich publie ses deux grands ouvrages : L’analyse caractérielle et Psychologie de masse du fascisme
États-Unis : Ernst Simmel émigre à Los Angeles en passant par Topeka où il fonde les sociétés de psychanalyse de San Francisco et de Los Angeles (il en sera le premier président).
Inde : Un livre composé d’articles choisis publié par Bekerley-Hill est interdit au Bengale. Cette décision des autorités britanniques est dictée par la peur que les interprétations sexuelles de la religion hindoue contenues dans le livre ne conduisent à des désordres populaires.
Iran : Création de l’université de Téhéran et un peu plus tard création de la section sciences humaines dans laquelle on trouve la psychologie (Elmé nafs : science de l’âme) dont Ali Akbar Siassi est l’un des principaux fondateurs. Il fait ses études supérieures en France et joue un grand rôle dans le développement de la psychologie en Iran.
Italie : Le Vatican fait pression sur l’État italien pour obtenir l’interdiction de la Revista Italiana di Psicoanalisi, à la demande du Père Schmidt (un Viennois qui se piquait d’anthropologie également).
Japon : Heisaku Kozawa séjourne à Vienne en 1932-33. Il fait une analyse didactique avec R. Sterba et une analyse de contrôle avec P. Federn. Il fonde à son retour un centre de soins psychanalytiques à Tokyo et exerce comme psychanalyste.
Palestine : Installation de Max Eitingon à Jérusalem. Fondation de l’Association psychanalytique de Palestine. Arrivée pour un an de Frieda Fromm-Reichmann.
Roumanie : création de la première Société de Psychologie médicale de Roumanie, son laboratoire de psychosomatique est dirigé par I. Popescu-Sibiu jusqu’en 1938. Popescu-Sibiu entretient de 1928 à 1935 une correspondance avec Freud. Il a publié La psychanalyse, livre sur l’œuvre freudienne.
J. Neumann publie une étude psychanalytique sur le roman Adeal de G. Ibraileanu. La psychanalyse est reconnue et discutée dans les cercles littéraires et philosophiques, tout particulièrement par le poète et philosophe post-hégélien Lucian Blaga
Scandinavie : Affiliation de deux sociétés scandinaves, l’une finno-suédoise (fondée par Yrjö Kuloveski et Alfhid Tamm), l’autre dano-norvégienne. Installation en Suède de Ludwig Jekels.
1935
6 Février : Visite de Lévy-Bruhl à Freud qui dit de lui : « C’est un vrai savant [en français dans le texte] surtout par comparaison avec moi. »
Autriche (Vienne) : Première des deux réunions dites « des quatre nations ». Ces réunions (la suivante aura lieu deux années plus tard) sont mises en place par les Associations de Vienne, de Prague, d’Italie et de Hongrie. Elles sont consacrées à la formation des psychanalystes.
Chine : Richard S. Lyman (1891-1959). Formé à l’Université Johns Hopkins, il passa un an à travailler dans le laboratoire de Pavlov en Russie, puis une année à l’Hôpital de la Croix-Rouge de Shangai ; il devint ensuite directeur de l’Unité de neuropsychiatrie au Peking Union Medical College de Beijing, de 1931 à 1937. À Beijing comme à Duke University, il s’assura que ses étudiants lisent Pavlov et peut-être davantage encore V. M. Bechterev. Il importa de plus au Peking Union Medical College le savoir neurologique allemand, notamment les travaux de Leo Alexander. En fait, ce savoir médical allemand, autrefois si dominant en Occident, avait déjà été importé au Peking Union Medical College car, selon Bullock en 1920, la bibliothèque de ce collège « comportait 50 000 thèses allemandes » ; mais on peut se demander combien d’étudiants chinois en médecine pouvaient réellement les lire et les utiliser. Un collègue de Lyman, Bingham Dai, fut influencé par la formation psychanalytique qu’il reçut aux États-Unis avant d’aller au Peking Union Medical College en 1935 (même s’il ne devint pas un analyste accrédité) ; toutefois, il avait fait sa maîtrise et son doctorat de sociologie à l’école de Chicago et son mémoire portait sur la dépendance à l’opium à Chicago ! Dai est devenu le premier psychothérapeute chinois formé à la psychanalyse, il pensait comprendre les problèmes de personnalité en les situant dans leur contexte socioculturel.
États-Unis : Fondation de l’Institut psychanalytique de Boston avec Putnam et Coriat comme membres fondateurs, tous deux, neurologues de formation, étaient proches du Emmanuel Movement, fondé par E. Worcester, mouvement contre lequel Freud avait pris position lors de son séjour aux USA, qui voyait dans le « subconscient » un puissant allié, recelant des ressources insoupçonnées.
France : Rudolf Lœwenstein soutient, sous la direction de H. Claude, la première thèse de psychiatrie traitant de la psychanalyse, La conception psychanalytique des troubles de la puissance génitale de l’homme.
Tchécoslovaquie : O. Fenichel renonce à son exil norvégien et s’installe à Prague où il prend la direction de la Société d’études de Prague, associée à la Société psychanalytique de Vienne
1936
Allemagne : Saisie de tous les biens de la Verlag par la Gestapo (le 28 mars). L’Institut de Psychanalyse de Berlin disparaît en tant qu’organisme indépendant. En mars 1936, les psychanalystes encore présents en Allemagne furent intégrés dans le "Groupe de travail A" de ce qui était devenu l’Institut Goering et contraints de démissionner en mai de l’API Au début de l’été, M. H. Göring met sur pied à Berlin un Institut allemand de recherche psychologique et de psychothérapie (Institut Göring). L’Institut et certains de ses membres entretenaient des relations avec la jeunesse hitlérienne, la ligue des jeunes filles d’Allemagne, le bureau de police criminelle du Reich, le S.S.-Lebensborn, ainsi qu’avec des membres de la hiérarchie nazie. Freud est nommé correspondant de la Société Royale.
Autriche, mai : Le lendemain de l’inauguration de l’Institut de psychanalyse de Vienne (Wiener. Psa. Inst.), et de l’ambulatoire par Jones, au Bergasse 7, célébration des 80 ans de Freud. Joan Rivière, Ludwig Binswanger, lui rendent hommage à cette occasion, alors qu’à Paris, à la Sorbonne (amphithéâtre Richelieu) une cérémonie a lieu sous la présidence du Pr. H. Claude. Sous l’égide du groupe d’études philosophiques et scientifiques (présidé alors par R. Allendy) et de la SPP (présidée par Dr. E. Pichon). Marie Bonaparte donne une conférence sur l’œuvre de Freud.
Tchécoslovaquie : En août, 14e Congrès international à Marienbad. Cette localité avait été choisie afin qu’A. Freud ne soit point trop éloignée de son père en cas d’urgence. À ce congrès, le groupe tchèque sera officiellement reconnu par l’IPA. C’est aussi à ce congrès que Lacan présentera le 3, à 15 heures 40, son Stade du miroir (interrompu par Jones au bout d’une dizaine de minutes d’exposé).
Argentine : Une des plus sérieuses revues littéraires argentines, Sur, rend hommage à Freud.
Belgique : M. Dugautiez et F. Lechat commencent à mener des cures analytiques sous la supervision de Leuba et Marie Bonaparte. F. Lechat pratiquera avec des enfants, trois années plus tard.
Brésil : Adelheid L. Koch (analysée par O. Fenichel) vient d’Allemagne assumer le rôle de formatrice auprès des premiers analystes brésiliens. Dès l’année suivante, la majorité des fondateurs de la Société qui n’avaient pu jusqu’alors se faire analyser sont sur son divan.
France : Le philosophe Roland Dalbiez soutient la première thèse sur Freud, La Méthode psychanalytique et la doctrine freudienne.
Iran : Iraj Pour Bagher traduit Totem et tabou.
1937
Février, le 5 : Décès de Lou Andréas-Salomé.
Afrique du Sud : Parution à Johannesburg de Black Hamlet de Wulf Sachs. W. Sachs, qui vivait à Johannesburg depuis 1922, y étudie l’histoire d’un de ses patients, John Chavafambira, tradipraticien zimbabwéen, rencontré en 1933 dans un slum de Johannesburg. Ce livre constitue la première relation d’une psychanalyse conduite avec un africain. En affirmant l’unicité de la névrose et de la psychose quelle que soit la culture ou « l’appartenance raciale » du sujet, il brise les thèses de la psychiatrie coloniale et raciste vis-à-vis de l’homme noir. Sachs fonde à la suite de ce livre un groupe de psychanalyse qui ne survivra pas à sa mort, en 1949. L’instauration d’un système d’apartheid empêchera toute diffusion de la psychanalyse dans ce pays.
Danemark : Octobre, congrès psychothérapique auquel Jung invite Allendy. Le 2 octobre, Allendy écrit : « J’ai compris que c’était un congrès "jungien" et qu’il y avait toute une politique pour réintégrer la psychanalyse dans l’Allemagne nazie grâce à Jung, aryen anti-freudien et (je crois) antisémite. Bref sans le savoir, j’ai marché avec Hitler ».
Brésil : À Sao Paulo, le psychiatre Paulo Lentino dirige sa première cure analytique auprès d’une patiente internée depuis un trimestre au Juqueri. En novembre, début des premières analyses didactiques de Koch avec Virginai Bicudo, Darcy Uchôa et Durval Marcondes.
France : André Breton demande à Freud un texte pour un ouvrage collectif qu’il projetait de faire sur le rêve (Trajectoire du rêve). Net refus de Freud qui objecte qu’une simple compilation qui ne fait part ni aux circonstances du rêve ni aux associations d’idées qu’il provoque n’a aucun intérêt.
Hongrie : Seconde des deux réunions dites « des quatre nations » qui sera en bonne partie consacrée aux problèmes de la formation analytique.
Russie : En dépit des tentatives de W. Reich de donner un contenu communiste à la pratique de la cure psychanalytique, l’Association Psychanalytique de Russie cesse ce qui restait de ses activités en juillet.
1938
Mars : Les nazis envahissent l’Autriche. Freud ne souhaite pas quitter Vienne, mais il s’y résoudra après que sa fille Anne et lui-même aient été personnellement inquiétés par les nazis. Bullit, ambassadeur des États-Unis, négocie son départ, Marie Bonaparte paie la rançon exigée. G. Roheim s’exile aux USA et exerce la psychanalyse à New York.
4 juin : Freud, sa femme et sa fille Anna quittent Vienne, à l’aube du 5 juin (3 heures du matin), par l’Orient Express. Il laisse la ville où il a vécu 79 ans. Marie Bonaparte le reçoit à Paris. Bullit l’attend à la gare. Freud, Anna et Martha passent la journée dans la maison de la princesse, rue Adolphe Yvon et poursuivent leur voyage la nuit suivante. À Londres, une grande foule attend Freud à Victoria Station. La revue The Lancet écrit : « Son enseignement a en son temps soulevé une controverse plus aiguë et un antagonisme plus amer que n’importe quel autre depuis celui de Darwin. À présent, en son vieil âge, rares sont les psychologues, de quelque école que ce soit, qui ne reconnaissent pas leur dette envers lui. Certains des concepts qu’il formula clairement pour la première fois se sont introduits subrepticement dans la philosophie actuelle en s’opposant au mur d’une opiniâtre incrédulité qui, comme il l’admet lui-même, n’est que la réaction naturelle de l’homme à une vérité insupportable. » Les Freud s’installent à Londres au 20 Maresfield Gardens (aujourd’hui, comme celle du 19 de la Berggasse, à Vienne, transformée en musée). Sigmund et Anna Freud rejoignent alors la British Society. La WPV décide de se dissoudre et de se transférer « là où Freud résidera ». Freud confie à la BBC un enregistrement de sa voix : c’est un court message dans lequel lit un texte qu’il a commencé à rédiger en allemand et qu’il poursuit en anglais : « Dans ma quatre vingt-deuxième année, j’ai quitté mon chez-moi à Vienne à la suite de l’invasion allemande et je suis venu en Angleterre où j’espère terminer ma vie dans la liberté [phrase en allemand]. J’ai commencé mon activité professionnelle comme neurologue essayant d’apporter un soulagement à mes patients névrosés, sous l’influence d’un ami plus âgé et dans mes propres efforts, j’ai découvert des faits nouveaux et importants concernant l’inconscient dans la vie psychique, le rôle essentiel des motions pulsionnelles, etc. De ces trouvailles, naquit une science nouvelle, la psychanalyse, branche de la psychologie se définissant comme une nouvelle méthode de traitement de la névrose. J’ai payé cette chance à un prix très lourd. On refusait de croire aux faits que j’avais mis en évidence, on jugeait mes théories inconvenantes ; la résistance fut des plus fortes. Enfin, je réussis à me faire des disciples et à mettre en place une association psychanalytique internationale, mais le combat est loin d’être terminé [en anglais]. »
Après la confiscation de la Verlag, en mars 1936, on s’accorde avec un éditeur d’Amsterdam pour éditer le Moïse. Hans Sachs, qui avait quitté Berlin pour Boston en 1932, une année avant l’accession d’Hitler au pouvoir, écrit à Freud, en mai, son souhait qu’au défunt journal Imago succède un journal de psychanalyse appliquée rédigé en anglais. Freud n’approuve pas ce projet, redoutant qu’il ne mette fin à tout effort pour continuer de publier en allemand des revues de psychanalyse. Il ne veut pas « que la lumière soit complètement éteinte en Allemagne ». Mais sa fille Anna et Ernest Jones le persuadent que ces préventions ne sont plus fondées. Freud propose alors un nom : American Imago que Sachs adopte d’emblée.
Argentine : Arrivée du psychologue hongrois Bela Székely qui renforce la diffusion des idées de Freud et aussi l’utilisation du test du Rorschach.
États-Unis : Le Council on Professional Training, mis en place en 1932, publie ses Standards and Principles of Psychoanalytic Association document qui reprend pour une bonne part le modèle de l’Institut de Berlin : analyse personnelle, exercice de la psychanalyse sous supervision et cours. G. Roheim s’exile aux États-Unis et exerce la psychanalyse à New York. L. Kubie, formé en Grande-Bretagne par E. Glover, est président de la Société psychanalytique de New York en 1938, il tentera de réconcilier les théories psychanalytiques sur l’angoisse avec la théorie de Pavlov des réflexes conditionnés.
France : Dans un article du journal Le Soir, la chanteuse Yvette Guilbert fait part des réponses que fit Freud à une question qu’elle lui avait posée sur son talent de chanteuse (14 janvier 1938). Réunion mémorable le 30 juin de la Société française de Psychanalyse où il fut procédé au recensement des psychanalystes nés en France, en excluant de fait Laforgue né Allemand dans l’Alsace d’avant 1914. Congrès international de psychanalyse, à Paris, av. d’Iéna. Figurent, pour la délégation française Loewenstein, Pichon, Lagache, Bonaparte, Allendy, Morgenstern. Le 4 octobre eut lieu la première émission radiodiffusée sur la psychanalyse avec Ludmilla Pitoëff dans le rôle de la patiente.
Hongrie : le 5 mars, la première loi anti-juive est proclamée par le Parlement hongrois. Hollos, alors président de la Société psychanalytique hongroise prend des contacts avec ses collègues étrangers afin d’aider les psychanalystes hongrois à émigrer Bak, Lendmann, Hann et Roheim émigrent aux États-Unis, le couple Balint part pour l’Angleterre, Gÿomroï émigre à Ceylan.
Italie : Obligé de se cacher, M. Levi-Bianchini vend la revue Archivio Generale de Neurologia, Psichiatra e Psicanalisi, au Père A. Gemelli, lequel la continuera à sa façon, remplaçant le signifiant psychanalyse par psychothérapie.
Inde : création de l’institut psychanalytique indien, dont la tâche principale est la formation analytique.
Pays-Bas : Tentative d’unification des deux sociétés de psychanalyse (La Haye, Amsterdam). La Société hollandaise prononcera sa propre dissolution, en 1941, en protestation contre le bannissement de ses membres juifs.
1939
Hitler entre en Tchécoslovaquie. Les psychanalystes qui s’y étaient établis émigrent massivement aux États-Unis (Franck, Kärpe, Löwenfeld, Windholz). Certains de ceux qui restent vont périr dans les camps de concentration : Ota-Brief à Buchenwald, Bondy avec toute sa famille à Auschwitz. T. Dozuskov, formé par O. Fenichel et A. Reich, va rentrer en clandestinité.
La Société de Vienne propose sa dissolution ; les adresses de ses membres indiquent qu’ils ont quitté l’Autriche et s’étaient retrouvés pour vingt d’entre eux aux Etats-Unis, les autres s’étant dispersés en Europe, l’un deux étant parti en Chine ; des soixante neuf membres qu comptaient la Société de Vienne en 1937 (dernière année ou fut publiée un répertoire des membres), seuls trois d’entre eux résidaient encore à Vienne, en 1945. Aichorn, après le départ en exil de Freud, organise avec Alfred Freiherr von Winterstein des rencontres clandestines d’un petit groupe de professionnels intéressés par l’analyse malgré la surveillance étroite de la Gestapo.
France : Congrès International à Paris.
Grande-Bretagne : Freud voit avec satisfaction la fondation, par l’éditeur anglais John Rodker, homme entreprenant, intelligent et amical (dixit Jones), d’Imago Publishing Company, maison d’édition qui commence son existence par la publication de périodiques et projette une nouvelle édition des œuvres de Freud, les Gesammelte Werke, remplaçant les Gesammelte Schriften détruites par les nazis. Imago Publishing Company prend la succession de la défunte Verlag. Le nom de Freud y apparaît au titre de rédacteur en chef, l’édition est en langue allemande. Au début de 1939, une revue combinant l’ancienne Internationale ärztliche Zeitschrift für Psychoanalyse et Imago est éditée en Angleterre mais elle ne survivra pas au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Un recueil d’articles extraits d’Imago est déjà paru sous le titre Psychanalyse appliquée à l’art : Psychoanalytische Literaturinterpretationen, édité par Jens Malte Fischer (articles de Sachs et Reik entre autres). Le 23 septembre, mort de Freud, qui souffrait d’un carcinome verruqueux d’Ackerman, dans sa maison de Londres. À sa demande et avec l’accord d’Anna Freud, son médecin lui a injecté une dose mortelle de 3 centigrammes de morphine, à trois reprises. Il meurt à 3 heures du matin. Le dernier livre qu’il aura lu sera La Peau de Chagrin de Balzac. S. Zweig prononcera un hommage le 26 septembre. Les cendres de Freud reposent au crématorium de Golden Green.
Italie : La psychanalyse est dénoncée comme « science juive »
Tchécoslovaquie : Dès 1938, la moitié des psychanalystes, sous la menace nazie, avait quitté le pays. En 1939, meurt Steff Bronstien, la seule psychanalyste confirmée à être restée à Prague.
[1] Chronologie proposée par l’auteur et valant pour document de travail, donc provisoire. Les sources en sont très diverses. À commencer, bien entendu, par les correspondances de Freud et par sa « Présentation par lui-même ». Vinrent ensuite l’indispensable lecture des dictionnaires historiques de psychanalyse (de Mijolla et al., Plon & Roudinesco), d’anthropologie (Bonte & Izard), les livres d’historiens (de Mijolla, Freud, fragments d’une Histoire ; Roudinesco, La bataille de cent ans ; Rodrigué, Le siècle de la psychanalyse ; et aussi les textes de D. Anzieu, P. Gay, la classique biographie de Jones, et encore le volume 4, paru en 1991, de la Revue internationale d’histoire de la Psychanalyse. Les travaux de Paul Roazen, H. Ellenberger, J. Chemouny, André Haynal, Nathan Hale et de Carmen Lucia Montechi Valladres de Oliveira furent aussi lus avec intérêt. J’ai consulté avec un vif plaisir le catalogue de l’exposition ARAÚJO, Olívio Tavares de (org.). 2000. Brasil - Psicanálise e modernismo (São Paulo, Museu de Arte de São Paulo Assis Chateaubriand.
Voilà pour les sources principales, Mais surtout, les correspondants internationaux de la revue Psychologie Clinique m’ont apporté aussi beaucoup d’informations peu connues et peu disponibles en France. Les commentaires, précisions et contributions diverses sont les bienvenus.
[2] Psychanalyste, Maître de conférences en psychologie clinique, Université Paris-10 Nanterre, Laboratoire « Médecine, sciences du vivant, psychanalyse » (Mme le Prof D. Brun), Université Paris 7. douvilleolivier@noos.fr

