L'ECART DES LANGUES par Jean-Marie HEINRICH

samedi 8 mai 2004, par PSF-redaction

 

ARGUMENT

Je partirai de quelques questions simples, donc redoutables : quels rapports un être humain entretient-il avec la ou les langues qu’il parle ? Ou dans lesquelles il parle ? Ou par lesquelles il est parlé ? En particulier, quelle(s) différence(s) lorsqu’il y en a une ou plus d’une, en jeu. Si ça parle en lui, en quelle langue alors ? Si une cure analytique est une "cure de paroles", quelle est l’incidence de la langue ou des langues de l’analyse, de l’analysant et de l’analyste ? Quelle sorte d’objet est une langue pour un sujet, du point de vue analytique ? En particulier, en quoi une langue peut-elle être dite "maternelle" ? Pouvons-nous aimer une langue, la détester, la haïr ? Si la fonction de la parole est si importante et le champ du langage si étendu en psychanalyse, notamment lacanienne, pourquoi les psychanalystes ont-ils si peu dit des langues, sans lesquelles nous ne saurions parler et sans lesquelles le langage ne se concrétise pas ? Que signifie cet oubli ou cet écart ?

Ces questions sont si redoutables parce que si élémentaires que, bien sûr, je ne saurais y répondre. Simplement je tenterai de dire quelque chose à leur propos.

5 Mars 1992

L’ECART DES LANGUES

Programme

Liminaire :
où il est question de la subjectivité et du divertissement.

Prologue :
où il est question des langues, de leur confusion, au lieu dit Bab-El (la porte de Dieu).

Dialogue :

Envoi 1. passage par la subjectivité,
où il est question de la langue maternelle et de l’usage de la langue.

Envoi 2. le titre déplié,
où il est question à la fois de l’oubli de la question de la langue en psychanalyse, et de la distance d’une langue à l’autre et son incidence.

Envoi 3. passage à l’analyse,
où il est question du "raconter", du "parler" et du "dire", en une langue ou plus.

Epilogue :
où il est question, ni plus, ni moins que de l’esprit.

L’ECART DES LANGUES

LIMINAIRE

La question de la langue nous occupe depuis l’été dernier et elle a donné au séminaire de cette année une tournure un peu curieuse et inattendue, comme venant perturber le sérieux de la clinique et de la réflexion sur la clinique, nous menant sur des voies plus buissonnières, là même où nous pensions trouver une unité thématique. Ce qui a parfois fait surgir le recours à la subjectivité [1] ; pourtant nous sommes plus d’un à penser que, d’un point de vue analytique, rien n’est plus problématique que de prétendre "parler de soi" ; à moins, peut-être, de réintroduire deux mots : parler (à partir) de soi.

Michel LARIVIERE nous a donné une sorte de roman - même s’il n’était pas familial - de la "folie de l’interprète" ; Fatih KARAMAN, Pierre LAGARDE et Bertrand PIRET nous ont offert des improvisations sur le transfert ; Karim KHELIL nous a machiné une intrigue policière, inspirée de la grande tradition du "Livre des Ruses" du Clausewitz arabe dont j’ai oublié le nom. A mon tour, je me risque à vous proposer un divertissement qui, comme toujours, pourrait être intitulé : "as you like it". Aussi y aura-t-il un prologue, un dialogue et un épilogue (ou un apologue !).
Dialogue à partir de votre expérience du pluri-linguisme et de la pratique analytique. La première de ces expériences est sans doute partagée par le plus grand nombre des présents qui auront donc leur mot à dire, notamment sur la manière dont chacun s’essaie à assurer les traductions qui s’en suivent, pour soi ou pour les autres.

PROLOGUE : BABEL

L’idée de celui-ci m’était venue tout au début de notre travail ; par la suite, j’avais pu constater une fois de plus qu’il est difficile de ne pas repasser par les chemins déjà frayés par tant d’autres ; ce qui n’a d’ailleurs rien d’effrayant : courir après l’originalité à tout prix, est tout aussi leurrant que de courir après l’origine.

Lecture

Je vais donc reprendre avec vous le "mythe de Babel", dans la Genèse. Mythe dans la mesure où ce texte nous dit quelque chose d’une origine justement : celle de la diversité des langues.

Écoutez donc,

ceci et cela
11 Sur toute la terre il n’y avait qu’une seule langue, on se servait des même mots. Des hommes émigrant vers l’orient trouvèrent dans le pays de Sennaar une plaine où ils s’établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : "Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu." La brique leur tint lieu de pierre, et le bitume de mortier. Puis ils dirent : "Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne les cieux. Ainsi nous nous ferons un nom, de peur d’être dispersés sur toute la face de la terre." Mais le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. "Voici, dit-il, qu’ils ne forment qu’un seul peuple et ne parlent qu’une seule langue. S’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais d’exécuter toutes leurs entreprises. Allons, descendons pour mettre la confusion dans leur langage, en sorte qu’ils ne se comprennent plus l’un l’autre." Ce fut de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre, et ils arrêtèrent la construction de la ville. Aussi lui fut-il donné le nom de Babel, car c’est là que le Seigneur mis la confusion dans le langage de tous les habitants de la terre, et c’est de là qu’il les dispersa sur la face de toute la terre.

Genèse X.11 (traduction des Moines de MAREDSOUS)

1 Et c’est toute la terre, une seule lèvre, des paroles unies.

2 Et c’est à leur départ du Levant, ils trouvent une faille en terre de Shin’ar et y habitent.

3 Ils disent, l’homme à son compagnon : "Offrons, briquetons des briques ! Flambons-les à la flambée !" La brique est pour eux pierre, le bitume est pour eux argile.

4 Ils disent : "Offrons, bâtissons-nous une ville et une tour, sa tête aux ciels, faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur les faces de toute la terre."
5 IHVHadonaï descend pour voir la ville et la tour qu’avaient bâties les fils du glébeux.

6 IHVHadonaï dit : "Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous ! Cela, ils commencent à le faire. Maintenant rien n’empêchera pour eux tout ce qu’ils préméditeront de faire !

7 Offrons, descendons mêlons là leur lèvre afin que l’homme n’entende plus la lèvre de son compagnon."

8 IHVHadonaï les disperse de là sur les faces de toute la terre : ils cessent de bâtir la ville.

9 Sur quoi, il crie son nom : Babèl, oui, là, IHVHadonaï a mêlé la lèvre de toute la terre, et de là IHVHadonaï les a dispersés sur les faces de toute la terre.

En tête X.11(traduction de CHOURAKI)

Et de là, qu’il faut traduire. Et l’on voit ce que ça donne !

Interprétations

De quoi s’agit-il dans ce texte ? D’un mythe, ai-je dit, et comme toujours, sur l’origine : des langues ou... de l’architecture ? de l’incompréhension entre les hommes, voire de la violence, ou encore de l’exil ? L’intelligence du mythe engage toujours plusieurs sens ; le plus manifeste nous est connu : les fils ont encore une fois voulu égaler le père céleste en montant aux ciels, en s’envoyant en l’air, et celui-ci les punit en les châtrant - linguistiquement. Le superbe phallus demeure hors de portée.

Reste que IHVHadonaï, nom du Dieu en tant que seigneur, maître (Adon, Kyrios) s’en prend, non à leur pénis, mais à leur langue, laquelle en hébreu se dit "lèvre" ce qui n’est pas tout à fait pareil. Et le résultat est une confusion des langues et une dispersion, une séparation entre les fils du glébeux.

Aussi Marie BALMARY, une analyste qui a voulu relire la Bible après/avec Freud, dans le texte hébreu, à partir de son expérience d’analyste, Marie BALMARY donc propose une interprétation de ce mythe assez différente, en s’appuyant sur la MASSENPSYCHOLOGIE de Freud.

Elle fait remarquer que ce récit suit celui de la multiplication des humains après le déluge, de leur diversification marquée par la généalogie, mais aussi et surtout par la nomination, l’inscription biblique des noms propres, "des clans, des langues, des terres, des peuples" (Genèse 10-31). Noms propres, voyages sur les faces de la terre qui viennent buter sur la tentation de l’unique, du rassemblement, de la foule : en construisant une ville dans le creux maternel, en érigeant leur tour, ils veulent se faire un nom, ou un "nous", qui n’est jamais que la reprise de ces "paroles uniques" (ou "unies" vers.1) dont Balmary précise qu’il s’agit de la reprise de l’adjectif sacré qualifiant IHVH, le dieu unique, au pluriel. "Ein Volk, ein Reich, ein Führer" ajouterai-je.

Pas de paroles donc, mais des slogans dont la structure redondante souligne encore l’unicité de pensée : "Briquetons des briques, flambons-les à la flambée". La vie sous le signe de la répétition.

Des mythes

A ce point, je veux marquer un temps. Ce que je viens de rapporter avec mes mots, c’est une interprétation proposée du mythe lu. Peut-on interpréter un mythe et si oui, comment ? Freud écrit, à Reik, je crois, qu’il faut essayer de le traiter à la manière d’un rêve - de son contenu manifeste. Mais dans ce cas, où sont les associations et qui les fait ? D’autres proposent plutôt l’analogie avec un fantasme, prenant ainsi au sérieux une des prétentions du mythe - ou du moins un attribut qui lui est conféré le plus souvent - d’être fondateur, originaire ou originant. Pour ma part, j’aurai tendance à considérer le mythe comme un shifter, un embrayeur en détournant notablement le sens de ce concept chez Jakobson. ("une classe de mots dont le sens varie avec la situation. Ex. papa, maman" (JESPERSEN), des unités du code qui "embrayent le message sur la situation (N. RUWET), l’articulation d’un symbole et d’un index dont l’exemple-princeps est le pronom personnel : "je" ou "tu". Ainsi lorsque je dis "je", je prétend à énoncer à la fois le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation, à mes risques et périls, en me présentant à vous.) Pour ma part, le shifter, le mythe comme shifter, ce serait plutôt "ce qui fait parler", ce qui permet la parole et l’appelle à la fois, cette médiation suffisamment glissante du point de vue du sens et pourtant attirante parce qu’apparaissant comme pleine de sens, pour porter la parole un peu plus loin hors de son origine apparente, justement. Porter la parole un peu plus loin, c’est ce qui me semble signifié par le préfixe des mots comme "tra-ducere", "trans-lation", "über-setzen" ; ou encore le grec meta-phrazô, qui désigne le transport d’une langue dans une autre (au même titre que la métaphore qui est transfert de sens) et qui curieusement signifie aussi, à la voie moyenne : réfléchir, i.e. traduire pour soi. Ce qui mettrait le mythe, tout comme la traduction, du côté de l’interprétation analytique, du moins telle que la conçoit Lucien Israël : comme Andeutung, allusion, à la fois embrayage, relance de paroles et début d’indication, esquisse peut-être légèrement à côté de ce qui est pointé. Si le mythe est interprétation, peut-on interpréter une interprétation ? L’analysant fait ça souvent, et ce n’est pas sans effet.

De la traduction

Le mythe appelle aussi à la traduction. On sait depuis Lévi-Strauss qu’il est l’ensemble de ses versions. Une version signifie une répétition avec un léger déplacement ; c’est ce qu’opère toute traduction. Elle sera plus ou moins pertinente, juste, non pas à proportion de faible ou grand écart avec le traduit, mais à proportion de ce qu’elle permet d’entendre et de dire en sus.

C’est en cela que celle de Chouraki est meilleure que celle de Maredsous. C’est la vertu, souvent, des plus littérales, car restant près du texte, elles accentuent l’écart des langues, l’effet d’étrangement ainsi obtenu. Non pas seulement : "ils avaient donc dit ça", mais, "ah, c’est comme ça qu’ils le disent". C’est ce qui permet à Mary Balmary de se donner un autre matériau pour son interprétation, plus parlant qu’un texte comme celui de nos moines, privilégiant d’une part l’élégance francisée (on appelle cela parfois la lisibilité) au détriment des aspérités, et d’autre part le signifié, ou du moins croyant le privilégier : en fait, la traduction rapporte l’interprétation chrétienne, c’est-à-dire une idéologie. Cependant la littéralité peut véhiculer une autre illusion : celle d’un texte qui serait enfin premier, l’original dont la traduction serait une sorte de 1 bis. Alors que tout texte, écrit ou oral, est traversé d’une multitude d’autres textes, les contient, les cache et les perd. Ainsi en est-il du texte de Balmary. La passion philologique ne saurait être qu’un divertissement pour l’analyste, ce qui ne veut pas dire que l’analyse seule serait chose sérieuse : on connaît les effets de crispation du sérieux.

Je me divertirai autrement avec quelques remarques, gloses ou commentaires, appelez-les comme vous voudrez, qui en tous cas ne prétendent pas à restituer un quelconque sens premier de ce texte.

De la confusion et de ses dangers

Pour commencer ceci : le résultat de l’intervention de YHWH Adonaï n’est pas une création des langues, mais une confusion des langues. Ce qui s’oppose à la délimitation, suppose l’interpénétration, permet la méprise. Ceci évoque pour moi le texte fameux de Ferenczi : "confusion des langues entre l’adulte et l’enfant" (tome IV des Oeuvres, Payot), texte-conférence qui valu à "l’enfant terrible de la psychanalyse" les foudres de Freud-Adonaï et qui fut à l’origine de leur séparation peu réussie. La méprise dont il s’agit ici est celle dans laquelle l’adulte répond dans le langage de la passion au langage de tendresse de l’enfant, occasion du traumatisme psychique d’après Ferenczi. Occasion et non pas cause, la cause selon lui étant à chercher dans le désaveu, c’est-à-dire le mensonge ou l’interdit de parole à propos de ce qui a eu lieu. Cette méprise pouvant se prolonger - indéfiniment - dans l’analyse, qui peut aussi être un lieu de confusion, lorsque le patient-enfant s’acharne à répéter l’aveu d’une "faute", la sienne ou celle d’un autre, erreur de traduction peut-être, et rencontre à nouveau le désaveu, de l’analyste cette fois. Ce qui le contraint à apprendre la langue de l’analyste pour se faire entendre, ce qui n’est pas nécessairement une affaire. Un tel aveu, avec sa part de méprise, peut tout simplement être accueilli, comme tant d’autres dires.

Confusion des langues au lieu-dit Babel. Fin de la "lèvre une", du langage donc, unique et unifiant, langage qui est le répondant biblique du nom un. Verwirrung en allemand, qui se construit autour de "irren", s’égarer, errer ou se tromper, induire en erreur. Embarras et embrouillement, moment où la différence est saisie, mais non pensée. Après, les humains dispersés se débrouillent et vont ailleurs, et vont d’ailleurs reformer "sur toutes les faces de la terre" des peuples qui seront plus ou moins un, ou rêveront de l’être, notamment sous prétexte de n’avoir qu’une seule langue. On voit aujourd’hui les ravages de ce vœu.

L’opération de coupure, de séparation de YHVH est bien imparfaite, et n’aura donc pas suffit, sinon à instaurer la coupure symbolique d’avec les ciels, de rendre inaccessible ce qui l’était toujours déjà.

De l’espace de la langue

Les juifs - et Chouraki dans sa traduction de la Bible donc - appelle la langue : "lèvre", "sefa" (et le langage dans cette langue, donne lieu à d’autres métonymies corporelles : "lachon", la langue au sens organique, "pê" la bouche, désigne ce qui est parlé). Une langue comme lèvre peut alors s’entendre comme interface entre l’un et l’autre, un individu et un autre, un peuple et un autre, c’est-à-dire ce qui à la fois réunit et sépare, distingue et délimite. Ainsi "la barrière de mes lèvres", point d’émergence et d’achoppement de ma parole et de ma voix, fait elle aussi office d’interface, ce que souligne l’hébreu puisque le premier sens de la "sefa", avant celui d’idiome, désigne le bord, le rivage de la mer. "On the seashore of endless worlds, chidren play", sur le rivage de mondes infinis, des enfants jouent. Cette image de Tagore est reprise par Winnicott pour désigner l’espace potentiel, celui du jeu et de la culture (cf. "La localisation de l’expérience culturelle") ; à mon avis, cet espace est aussi celui de la langue (mais non de la parole ou du langage).

Autant de "lèvres", autant de points de contacts, de "points" ou de "lieux" où l’on peut se toucher sans se confondre. Autant de contacts, autant de traductions... Car, en fait, le véritable interface me semble être le lieu vide, celui du point de passage impossible que révèle en négatif l’opération même de la traduction, et le manque qu’on ne saurait manquer d’y ressentir. Ce vide signifie l’écart des langues, mais aussi mon propre écart vis-à-vis d’une langue qui reste toujours impropre à "dire sa folie", écart qu’aucune autre langue acquise ou apprise ne saurait combler.

Cependant, faut-il que le sujet dispose de plus d’une langue pour que la parole puisse enfin advenir ? C’est ce que pense Daniel Sibony, quand il écrit ceci :

"pour parler, il faut deux langues au moins ; la première qu’on inhibe pour pouvoir traduire la seconde...en elle-même, infiniment, grâce aux forces de retour que donne l’éclipse de la première. Cette traduction se fait à des tiers, à des niveaux ramifiés, rythmés d’oubli. Il ne s’agit pas de parler comme ses parents, mais d’avoir assez aimé leur parler pour ne pas en être captif et pour estimer que ce parler est digne d’être quitté, quitte à être plus tard rencontré (car la première langue revient par bribes). Même chose pour ce qui est de parler comme son Maître : toutes les langues de bois s’échouent dans cette impasse" (Entre-deux, p38).

DIALOGUE

ENVOI 1 : LANGUE MATERNELLE ET USAGE DE LA LANGUE

Je fais cet exposé dans une langue qui n’est pas pour moi maternelle, si l’on entend par là la langue, avec ses sonorités, ses inflexions, ses connotations et significations, au milieu de laquelle j’ai eu accès à la parole, à celle des autres et à la mienne. Celle d’autres, nécessairement investis - d’amour, de haine, de curiosité aussi, de troubles, de malaises ou d’équivoques. Investis pour ce qu’ils faisaient, mais aussi ce qu’ils disaient dans cette autre langue, dans laquelle, enfant, je posai mes questions. Ces premiers discours entendus en une langue, pendant deux-trois ans de ma vie, la seule à ce moment - le langage donc - ces premiers discours, je les situe entre le "beaucoup de bruit pour rien" et les "paroles fondatrices" : ni l’un, ni l’autre, ni sans effets, ni décisives, ni à supposer totalement perdues, ni à conserver pieusement comme indice d’un destin. L’avantage de la double négation, qui se veut indiquant des bornes, c’est qu’elle peut produire éventuellement une affirmation qui sera un mixte, un mélange, une crase. C’est dans le métissage linguistique aussi que je trouve un plaisir et une ressource : les langues sont autres, existent sans appartenir à personne, ni aux ancêtres, ni à une quelconque communauté linguistique, et pourtant elles se composent en moi - sans se confondre - et je compose avec elles.

Maternelle encore serait cette langue dans laquelle j’ai entendu des mots , découvert des registres, à propos de la sexualité et de la mort, de l’amour et de la violence des sentiments, ces mots qui vont ensuite se tisser en discours parfois vain sur un divan, et qui pourtant renvoient à ce que Freud dit quelque part "être les seuls registres à intéresser vraiment l’être humain".

Ainsi de la mort, ou plutôt du mourir ("starba", dans cette langue), cet inconnu mis en mot par les humains et dont je n’ai, pour ma part recueilli quelques paroles vives que dans cette autre langue, la seule que je pouvais parler avec ma grand-mère, qui dès ma petite enfance, m’indiquait ce terme du chemin, qu’il faisait partie de la vie et pouvait même présenter quelque avantage par exemple en débarrassant d’un mari pénible ; cela jusqu’à son lit de mort où, au milieu des douleurs elle pouvait encore soutenir que la vie n’était pas faite que pour le malheur et dire sa conviction d’une fin absolue, définitive. Cette femme a été l’une des personnes les plus vivantes que j’ai rencontrées. Il est vrai aussi que dans sa langue, l’amour n’assonne pas avec la mort, que lieben est par contre proche de leben (aimer/vivre).

Acquérir une autre langue, celle dans laquelle je vous parle, par après, a eu pour conséquence que même mes souvenirs-écrans (ou souvenir-couverture comme on dit maintenant) ont dû être traduits pour être analysés. Car j’ai fait mon analyse dans la langue dont j’ai le mieux l’usage. Peut-on appeler maternelle une telle langue ? Non celle des jeux de l’enfance, des premiers interdits, ou des premières incompréhensions, mais celle acquise pour se dé-brouiller, pour s’aventurer avec plus ou moins de bonheur dans le social, pour lire et écrire, celle qui ouvrait un autre monde. Langue non plus familiale, mais familière dont les ressources lexicales, stylistiques, théoriques semblent inépuisables, et dont pourtant chaque exercice de traduction rappelle qu’"elle n’est pas-toute", comme le dit Lacan. Est familière une langue dont on a un usage tel qu’il vous confronte aux limites de tout dire et de toute traduction en tant que celle-ci reste une opération interne à la pratique du langage. Karim Khelil vous a parlé la dernière fois de l’insoutenable de sa position de traducteur-interprète : peut-être cela renvoyait-il à la conscience ou aux sentiments aigus, dans cette position, de ce qui, triplement, échappe à chacun : la parole de l’autre, la langue, sa propre parole ainsi amorcée.

Vis-à-vis de cet échappement, il n’y a aucune échappatoire ; mais il y a peut-être la possibilité d’abandonner le souhait de retenir. Aucune familiarité de la langue n’évite en tout cas que ça n’échappe.

La familiarité de la langue renvoie non seulement à une imprégnation, précoce, mais à une pratique effective. Je distingue ainsi entre une langue acquise et une langue apprise. L’apprentissage de la langue, passe par des médiations techniques, pédagogiques et peut s’épuiser en un usage exclusivement instrumental (professionnel par exemple : traduction, communication, lecture). La langue reste alors étrangère, ou plutôt hétérogène, neutre. Une langue familière garde son étrangeté aussi : elle n’est jamais mienne, aucun sujet ne peut s’identifier à une langue (même l’aliéné ne fait jamais que parler le discours de l’autre, non sa langue ; je ne sais pas ce qu’en penseront les psychiatres présents s’ils ont eu affaire à des glossolalies...), mais elle engage des affects de plaisir et de déplaisir, non sans rapport sans doute avec les conditions de son acquisition et de sa pratique, mais aussi avec ce qu’elle fait dire ou ne pas dire, avec la manière de dire. Je cite Claude Hagège "si donc les langues diffèrent les unes des autres, c’est non pas par ce qu’elles peuvent ou non exprimer, car toutes peuvent, avec des moyens divers, avec plus ou moins de bonheur, exprimer n’importe quoi. Si les langues diffèrent, c’est par ce que les unes obligent à dire, et que les autres ne peuvent pas dire, et réciproquement. Les contraintes de la morphologie (et de la syntaxe), auxquelles se heurte et que révèle l’exercice de traduction, caractérisent des types de langues irrévocablement distinctes."

Cette distinction langue acquise/langue apprise est bien sûr toute relative, en cela qu’une langue apprise peut faire l’objet d’une acquisition, voire d’une appropriation (au sens où elle me convient), tout comme une langue acquise reste souvent à apprendre (c’est pourquoi nous possédons des dictionnaires, voire des grammaires des langues que nous parlons).

L’acquisition d’une langue introduit au "Sprachgebrauch", à "l’usage de la langue", important pour l’analyste, Freud en premier. Car le Sprachgebrauch est le moment où l’on entend aussi la langue parler. Je cite J.M. REY : "Freud réactive cette très ancienne dimension de l’usage - Saint-Augustin fait référence à "l’usage quotidien du parler" -, la prend comme point d’appui majeur de sa démarche, en fait un ressort de sa rumination. Philologie freudienne : à même l’usage de notre langue, comme à portée de main donc, il y a quelque chose de l’ordre d’un savoir insu, une des modalités de ce qui se laisse désigner sous le nom d’inconscient, il y a des fragments de connaissance qui demandent à être reconnus pour ce qu’ils disent, soulignés." (Le matériau freudien p13).

L’usage de la langue est lui-même toujours dédoublé : il est à la fois lieu commun, en tant qu’étymologies, expressions, tournures partagées et incontournables et en même temps il est ce qui renvoie pour chacun à sa capacité singulière à user de telle langue, à la pratiquer. A sortir du maternel, donc.

ENVOI 2 : L’ECART DES LANGUES

Ce titre m’est venu en lisant à la fois Jacques LACAN et Daniel SIBONY pour préparer une première version de ce travail : chez le premier, il marque un défaut ; du second il indique une reprise. Un défaut : l’absence de place pour les langues dans ce que Lacan appelle lui-même "une dialectique de la parole et du langage" dans son texte fondateur de 1953 ; cette absence ou cette négligence est d’autant plus surprenante que le jeu dialectique est ternaire, et non binaire comme la logique. Une reprise : celle de l’importance de "l’entre-deux", de l’intervalle ; mais là aussi, l’espace qui m’intéresse n’est pas, dans le cas des langues du moins, nécessairement bipolarisé (chez Sibony déjà : puisqu’il circule entre l’hébreu, l’arabe et le français, tout comme il pense, aujourd’hui, entre les trois monothéismes). En effet, le duel est le plus souvent, dans la théorie, réducteur.

Que la psychanalyse écarte complètement la question des langues de sa théorisation n’est bien sûr pas tout à fait vrai. En 1981 déjà, il y a eu à Rabat un congrès sur le bilinguisme, à l’initiative d’analystes maghrébins, qui a donné un livre en 1985. On peut y lire par exemple ceci, de la part de Jalil BENNANI :

"Parler deux langues et s’adresser à un psychanalyste. Lequel choisir ? Celui qui parle la langue dite maternelle ? Celui qui parle l’autre langue ? Ou celui qui parle les deux langues ? Assurément ici, le mouvement du candidat à l’analyse n’est pas le même. S’il va vers l’analyste dit de sa langue maternelle, c’est, dit-il, pour être mieux compris, ou pour être mieux entendu. Quel(s) fantasme(s) cette attitude recouvre-t-elle déjà ? Ne peut-on être entendu que par le même ? Certainement pas, je dirai même que pour être entendu et écouté il faut un écart de différence. Si le futur analysant s’adresse à un psychanalyste dit de langue étrangère (par rapport à celle dite maternelle), c’est pour éviter les pièges de la démarche précédente (avec, notamment, des fantasmes de fusion dans le même). Mais c’est aussi par séduction et par amour de l’autre, celui dont la langue l’a habité, qu’il ne peut éviter, qu’il aura à analyser pour découvrir, s’il s’engage dans l’analyse, que très tôt elle a épousé sa langue dite maternelle, cohabitant avec elle, faisant tantôt bon, tantôt mauvais ménage. Si la demande d’analyse est faite par un bilingue à un analyste bilingue, les choses se passent comme s’il s’agissait de la même langue, l’analysant disant des mots dans une langue ou dans une autre." (p 85).

Bien d’autres aspects que la demande d’analyse et l’adresse sont bien sûr en jeu, et sont envisagés dans ce texte. Pour sa part, Jacques HASSOUN dont la situation linguistique est semblable à celle de Sibony (cequimepermetd’attirerl’attentionenpassantsurla fréquence du plurilinguisme chez les analystes), amorce dans ce même recueil une réflexion sur les langues qu’il poursuivra dans plusieurs articles (voir bibliographie).Un Italien aussi,MarioFOCCHI,publiependant la même décennie un"Essaisurletransfertcommetraduction",touffuet informé, lacanien mais pas troporthodoxe,théorique et clinique. Quant aux colloques ou numéros de revue, aux articles aussi sur la traduction d’un point de vue analytique, ils ne manquent pas, d’autant que les textes, de Freud en particulier, se traduisent.

Je maintiens néanmoins l’idée d’une mise à l’écart de la question des langues en psychanalyse, et ceci pour deux raisons au moins :

- la première est empirique ; comme je l’évoquai auparavant, parmi les analystes connus , mais aussi parmi ceux moins connus que j’ai rencontrés, il y en a un nombre impressionnant qui sont bilingues, voire multilingues (ce qui est bien différent de la polyglottie liée à un certain niveau de culture) et ça ne me semble pas pouvoir relever du hasard, même si je n’ai pas de statistiques à vous fournir. Plus étonnant : ces analystes l’ont souvent "oublié", au sens soit d’un abandon de leur langue première - du moins dans leur pratique ou dans leur écrits -, soit d’une absence de prise en considération de cette donnée dans leur réflexion sur leur propre expérience ou démarche analytique, que ce soit comme analysant ou comme praticien. Après un temps de surprise, une question sur les langues a le plus souvent suscité de l’intérêt et des interrogations.

- la seconde est plus théorique ; elle renvoie à une confusion en soi inacceptable, entre les concepts de "langage" et de "langue". Cette confusion se trouve cependant parfois au cœur même de la langue : ainsi en allemand, dans la langue de Freud et Hegel qui permet tant de finesse conceptuelle, où il y a une dizaine de mots pour désigner notre seule folie autrement que comme une maladie mentale ou une psychose, "die Sprache" désigne aussi bien la langue que le langage, et même la parole, ou encore le propos, la question, au sens où je parle ce soir de "la question de la langue" : "die Sprache kommt in Sprache" ! Ce qui fait que, quand Heidegger écrit : "die Sprache spricht", on peut traduire tout aussi bien, comme on l’a fait dans la traduction "officielle" (in "L’homme habite en poète" Essais et Conférences, p 228) : "c’est le langage qui parle" ; ou bien, comme je le fais dans ma propre traduction que je vous lirai [2] : "la langue parle". Ce n’est pas pareil. En français, cette confusion n’est pas possible, ni en anglais d’ailleurs [3], sauf à assimiler le "parler français" à la pratique même du langage, tout comme on confond parfois dans ce pays le "penser français" avec la pensée tout court ! Faute de traductions en partie, et de polyglottie.

Le langage et la langue sont la même chose à ceci près que le langage est un et la langue multiple, que le langage est une abstraction alors que chaque langue est une abstraction concrète (à ce sujet, lire Saussure). C’est pourquoi d’ailleurs je n’ai jamais bien compris la fameuse formule lacanienne : "l’inconscient est structuré comme un langage" alors même que Lacan est le premier à dauber sur les emplois métaphoriques de ce terme comme c’est le cas pour les "langages" des animaux ou des machines, sans rapport avec les sujets parlants.

Dès lors, l’inconscient lacanien est-il structuré comme le langage ou comme une langue ? Ce qui renvoie à la difficulté à saisir la structure même des langues (à laquelle s’est attaqué C. HAGEGE dans un petit "Que sais-je ?") qui n’est pas que linguistiquerie.

Georges STEINER, qui certes n’est pas analyste, a insisté au contraire dans "Après Babel" sur l’irréductibilité de cette pluralité des langues, sur sa signification théorique qui dépasse pour saisir ce qu’il en est du langage (et donc pour nous, de l’inconscient) la simple question "technique" de la traduction. Il va jusqu’à en parler comme d’un mystère. [4]

Et en effet, ce qui est étonnant, c’est que la capacité générale et générique de l’être humain, spécifique dans le monde animal, de verbaliser quelque chose à la fois "d’intérieur" et "d’interrelationnel", indissociablement, que cette capacité donc ne puisse s’actualiser que de manière particulière, dans une ou plusieurs langues, acquises ou apprises, qui sont pour chaque individu un don social-historique alors même que ces individus recréent constamment ces langues en les parlant de manière singulière.

Steiner reproche à la linguistique formelle (ou fonctionnaliste, ou structuraliste) de l’oublier, et on peut, je crois, en dire autant de la psychanalyse (notamment "structuraliste" !).

Dire que la langue est multiple signifie qu’elle l’est à la fois dans l’espace de la culture et dans le temps de l’histoire. D’une part, cette multiplicité se concrétise par des voisinages, des filiations, des emprunts, des traductions, mais aussi des hermétismes, des incompréhensions, des malentendus, et même des ruses politiques, des dominations linguistiques, des linguicides ou des conservations pieuses. D’autre part, elle se repère dans les métamorphoses, le devenir permanent, apparent ou non des langues : multiplicité en jeu dans la distance d’une langue à une autre, écart qui doit avoir son lieu métapsychologique dans le sujet qui se dit dans ces langues, un écart trompeusement rendu, à mon avis, par des oppositions comme le maternel et l’étranger.

Quelle permanence, quelle identité supposer à l’humain comme parlêtre si ce sont des langues multiples qu’il a toujours parlé ? En psychanalyse aussi est apparue la tentation d’une langue prime, originelle. Chez Freud d’abord, et c’est la symbolique des rêves. Je traduis la Xème des Leçons d’introduction à la psychanalyse :

"mais il reste des cas où l’association achoppe, ou bien (même) forcée, ne fournit pas ce qu’on pourrait en attendre... Si dans ces cas on se convainc de l’inutilité de toute contrainte, on finit par découvrir que ce hasard inopportun s’introduit régulièrement avec des éléments déterminés du rêve...

On en vient ainsi à la tentation d’interpréter soi-même ces éléments "muets" du rêve, d’entreprendre une traduction par ses propres moyens..." Et ça marche, dit-il...

" De cette manière on obtient pour une série d’éléments du rêve une traduction constante, donc analogue à ce qu’on trouve dans les "livres des rêves" populaires..."

D’où vient cette capacité à traduire ? Freud répond "de sources très diverses, des contes et des mythes, des farces et des plaisanteries, du folklore, c’est-à-dire de l’étude des coutumes et des usages, des proverbes et des chansons des peuples, de l’usage poétique et de l’usage commun de la langue"...

"On reçoit l’impression que là préexiste une ancienne manière de s’exprimer qui a sombré ; de celle-ci, dans différents domaines, différents aspects se sont conservés, l’un seulement ici, l’autre seulement là, un troisième dans des formes peut-être légèrement modifiées, dans plusieurs domaines. Je dois penser ici à la fantaisie d’un malade mental intéressant qui avait imaginé une "langue fondamentale" dont toutes ces relations symboliques seraient les survivances."

Ensuite, chez Lacan, eh oui ! Je cite "Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse" :

"pour libérer la parole du sujet, nous l’introduisons au langage de son désir, c’est-à-dire au langage premier dans lequel, au delà de ce qu’il nous dit de lui, déjà il nous parle à son insu, et dans les symboles du symptôme d’abord.

C’est bien d’un langage en effet qu’il s’agit, dans le symbolisme mis au jour dans l’analyse. Ce langage... a le caractère universel d’une langue qui se ferait entendre aussi dans toutes les autres langues, mais en même temps, pour être le langage qui saisit le désir au point même où il s’humanise, en se faisant reconnaître, il est absolument particulier au sujet", autrement dit : singulier.

Qu’est-ce qui pour Lacan prime sur les langues ? Sont-ce les "lettres" dont il sera par la suite question ? ou bien "lalangue" qui n’est pas la langue des "lettres", dit FOCCHI : "aucune métaphore ne permet d’en lier le sens. Ses "éléments" glissent incessamment les uns sur les autres en se décomposant : ils n’ont pour ainsi dire pas de stabilité structurale. Il suffit pour s’en faire une idée de penser au bébé qui joue avec des sons qui sont ’presque des phonèmes’". Cette labilité de la lallation n’est pas sans évoquer celle des processus primaires. Et pour le même analyste italien, on passe de "lalangue" aux langues de la communication et du sens par dédoublement, repli, auto-citation, stratification, exclusion, discrimination, c’est-à-dire à des langues toujours étrangères. C’est de ce duel de "lalangue" et d’une langue que naissent les langues dans leur multiplicité. L’analyse permettrait selon lui d’en retrouver les résonnances, et par là de saisir la coappartenance de toutes les langues à "lalangue".

Mais quel est l’intérêt de ce retour sur une langue une, toute singulière, toute universelle ? En oubliant que cet écart entre ce qu’il ne me convient guère d’appeler "lalangue" et telle(s) langue(s), s’est effectué avec quelques uns, et non pas seulement par un mouvement propre de "lalangue", on écarte ainsi quant aux langues leur particularité, les facilités, possibilités et impossibilités relatives pour y dire le désir ou tout le reste, et quant au sujet son histoire, et notamment celle de son attachement ou de son détachement vis à vis de telle langue. Attachement / détachement. Cette langue qui vient à l’enfant quand il acquiert la parole, je préfère la situer comme objet transitionnel, ou du moins essayer sur ce concept élaboré par Winnicott dans "Jeu et Réalité" ou "De la pédiatrie à la psychanalyse". En tant qu’elle est prolongement de ces vocalises, de ce babil infantile auparavant évoqué, en quoi je reprend simplement une indication du psychanalyste anglais. Parce que, de la langue, l’enfant ne sait pas bien s’il l’a reçue ou s’il l’a créée, ensuite. Parce qu’elle constitue pour lui un espace où il peut jouer, avec les mots. Parce qu’elle ne s’identifie pas, en tant que langue, à la mère ou à quoi que ce soit d’autre, sinon par une rationalisation, un imaginaire sur les origines, après-coup. Parce que son destin en tant qu’objet transitionnel est de pouvoir être oublié.

ENVOI 3 : LE PSYCHANALYSTE ET SES LANGUES

L’intervention, l’irruption de Lacan dans la psychanalyse française s’est jouée avant tout sur trois terrains : recentrer la psychanalyse comme théorie sur la question du langage (sur l’être humain comme être-de-langage, Sprachwesen, parlêtre) ; lire et faire lire, ou relire Freud, dans le texte (allemand, donc) ; et centrer la pratique sur le temps de parole de l’analysant, scandé, ponctué, souligné, interrompu [5].

Il se trouve que la parole, tant le "speach act" que la "talking cure" se déploie nécessairement en une ou plusieurs langues, qui, avec l’unité de lieu (le cadre) et l’unité de temps (la séance) constitue un troisième lieu commun entre l’analysant et l’analyste. Ou du moins on peut le supposer. La réduction de l’importance accordée à la communication, au récit, au sens de ce que veut dire le patient nous a cependant amené à nous poser la question plus ou moins saugrenue : "et qu’en serait-il si l’analyste ne parlait pas du tout la langue du patient ?" Récemment, à Paris, une collègue m’a raconté l’anecdote suivante : une analyste connue d’Europe Centrale, qui a dû s’exiler en Argentine dans les années 40, à cause du nazisme, voulait exercer là-bas, mais ne parlait pas l’espagnol. L’un des vieux "maîtres" de la psychanalyse de ce pays (de l’Internationale, pas un lacanien à l’époque !) lui demanda ce qu’elle savait dire dans cette langue. "Rien, sinon : ola (bonjour)". "Ça suffira", lui répondit-il, "allez-y !". Et elle a bien sûr appris, avec ses analysants.

La communication, sa tentation ou son souhait, sont au contraire au centre de la question de la traduction. Traduire suppose qu’il y ait un dire, qui du fait d’être dit dans une langue inconnue, ne peut pas passer à certains interlocuteurs, sans perdre sa valeur de dire pour autant pour celui qui parle. Masud KHAN, dans le texte auquel je faisais déjà référence "Nul ne peut dire sa folie" [6], propose de distinguer trois registres, ou trois régimes, dans l’entretien analytique : raconter, dire, parler. (En anglais, talking, telling, speaking ; en allemand erzählen, sagen, sprechen) sans vraiment les conceptualiser cependant. Il ajoute : "ce fut le privilège du génie de Freud de faire que "raconter" devienne "parler" dans la situation clinique, et c’est cette transformation qui constitue l’essence même de la méthode analytique freudienne". Khan relève que cette émergence de la parole est associée par Freud tant à l’efficacité psychothérapeutique ("le but... sera toujours la guérison pratique du malade, la récupération de ses facultés d’agir et de jouir de l’existence", in Technique psychanalytique) qu’à la possibilité de la théorisation de la dynamique de l’appareil psychique, ce que E. JONES appelait la "passion de comprendre" de Freud ; on sait cependant le déplacement de l’un vers l’autre, du thérapeutique vers le théorique. Et Khan d’ajouter : "aujourd’hui parler ne semble plus suffire. Les patients qui viennent nous trouver présentent une symptomatologie mal définie dans la mesure où ils ignorent de quoi ils ont besoin, et de quoi ils veulent nous parler... La question que je me pose est la suivante : comment évaluons-nous la folie, et comment permettons-nous à un individu de vivre à partir du lieu de cette folie, et avec elle ? Par folie je ne désigne pas les psychoses ou les états psychotiques. Ce dont le fou a besoin, ce n’est pas tant de savoir que d’être et de (se) dire !"

Selon moi, le "raconter" est centré sur le référent et par là même se laisse le plus facilement traduire, car le référent renvoie, peu ou prou, à un lieu commun, à des expériences plus ou moins partageables ; ainsi, par exemple, dans le registre descriptif, quand le patient dit : "tiens, vous avez mis une nouvelle gravure au mur !"... C’est bel et bien une gravure et elle en remplace de fait une autre ; pour le reste, c’est une autre affaire. Néanmoins, le récit proprement dit décrit, évoque ce qui a eu lieu - peut-être, ou pas - ailleurs. "Raconter" renvoie donc à tout ce que l’analysant veut bien dire - ou pas - ("qu’est-ce que je pourrai bien vous raconter aujourd’hui ?"), et renvoie pourtant déjà à un problème de "traduction" qui est celui-là même de la formulation dans la langue, de l’analyse ("comment vous dire...?") Soit l’exemple le plus typique, à savoir raconter un rêve : images à mettre en mots, en phrases ; le fameux "rêve manifeste" est déjà un événement psychique dédoublé, ou plus : rêver, impressions à transcrire, se souvenir d’un rêve, se le raconter, l’écrire, le raconter à x ou y, le rapporter et le reprendre sur un divan. Expérience à tenter : raconter son rêve en deux langues.

En écoutant un tel récit, objet du flottement de l’attention de l’analyste, on peut toutefois se souvenir de ceci : "la récitation de l’épos peut inclure un discours d’autrefois dans sa langue archaïque, voire étrangère... à la manière d’un discours indirect, isolé, entre les guillemets, dans le fil du récit" (Lacan, op. cit.).

Quand l’analysant se met à parler, l’analyste passe à l’attention... flottante. En effet, le parler est centré sur le sujet et la parole est porteuse, à son insu, de ce que dit le patient par devers lui, de ce qui lui échappe et pourtant est destiné à lui revenir. Elle est proprement intraduisible car cet autre discours est dit avec les moyens d’une langue (ou de plusieurs) : équivoques, polysémies des mots, des expressions, des syntagmes ; à partir d’assonances, d’accentuations, de montages ou de démontages qui font sens dans cette ou ces langues. Ainsi l’interprétation, énoncé ou non, se fait-elle à partir des "chaînes signifiantes" dans une langue, pour autant qu’elle soit commune, familière : elle s’y origine et y retourne (notamment en tant qu’allusion, mi-dire, qui utilise les ressources de la langue et les présupposent communes, ce qui est loin d’être toujours le cas. C’est justement le Witz, le jeu de mots, d’esprit, l’aphorisme, qui exigent la plus grande familiarité de la langue.

La parole du sujet a une fonction d’ouverture qui lui permet, quant à lui, de dire ce qu’il ne s’est jamais entendu dire - dans cette langue ou dans une autre -, c’est-à-dire sa vérité, une vérité qui chez le Lacan de 1953, n’a de sens qu’à venir, et non simplement à se formuler comme un chiffre : "Il s’agit de vérité parce que c’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes".

L’analyse ne peut avoir pour but que l’avènement d’une parole vraie et la réalisation par le sujet de son histoire dans sa relation à un futur. Une telle parole est indépendante de la langue de l’analyse, et l’oubli de l’analyste est alors un moment de l’analyse, et pas seulement celui de sa fin.

Reste que "quand le sujet s’engage dans l’analyse, il accepte une position plus constituante en elle-même que toutes les consignes dont il se laisse plus ou moins leurrer : celle de l’interlocution, et nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que cette remarque laisse l’auditeur interloqué." (Lacan, toujours).

Eh oui ! "toute parole appelle réponse... il n’est pas de parole sans réponse, même si elle ne rencontre que le silence, pourvu qu’elle ait un auditeur."

Autrement dit, de mon point de vue, il n’y a pas que de la parole dans l’analyse, mais du "dire" et celui-ci est centré sur l’autre auquel il est adressé. Cet autre, bien sûr objet du transfert, n’est pas qu’un miroir, mais un autre écoutant et parlant dans une langue. Situation que Freud décrit dans "Laienanalyse" en la réduisant ainsi à son essence : "l’analyste et le patient se parlent, pendant un certain temps. Plus précisément : "es geht nichts anderes zwischen ihnen vor, als dass sie miteinander reiden". De cette phrase, je retiens le miteinander "l’un avec l’autre" qui implique un échange, au moins linguistique, et le "reden" qui possède trois valeurs : parler, discourir et causer, converser, ce dernier sens étant le plus souvent en bas-allemand. Banalisant à dessein la situation analytique, Freud n’en souligne pas moins un va-et-vient qui suppose un tiers commun : la langue. "Der Analytiker.. lässt ihn reden, hört ihn an, spricht dann zu ihm und lässt ihn zuhören."

Situation d’interlocution, que je distingue de la "communication", où s’entendront les résistances et le transfert qui s’énonceront et s’effectueront avec tous les moyens, notamment ceux des langues dont l’analysant dispose. et s’il est vrai qu’il ne s’agit pas de les analyser à tout prix, il est vrai aussi qu’on ne saurait les méconnaître. C’est pourquoi, me semble-t-il, la seule fois où Lacan s’avance nettement sur la question de la langue dans le texte de 1953, c’est pour dire ceci :

"cette technique [7] exigerait pour s’enseigner comme pour s’apprendre une assimilation profonde des ressources d’une langue, et spécialement celles qui sont réalisées concrètement dans ses textes poétiques. On sait que c’était le cas de Freud quant aux lettres allemandes, y étant inclu le théâtre de Shakespeare par la vertu d’une traduction sans égale."
On est alors bien loin de l’idéal prôné par certains "Cathares" d’un analyste qui, comme dirait Zazie, "n’y entraverait que couic" !

EPILOGUE
Je vous avais aussi promis un épilogue, ou un apologue ; d’une certaine manière, vous aurez les deux. D’abord, celui de "Comme il vous plaira", le divertissement de Shakespeare, dans la traduction du fils Hugo :

Rosalinde (aux spectateurs) : "Ce n’est pas la mode de voir l’héroïne en épilogue, mais ce n’est pas plus malséant que de voir le héros en prologue. S’il est vrai que bon vin n’a pas besoin d’enseigne, il est vrai aussi qu’une bonne pièce n’a pas besoin d’épilogue. Pourtant à de bons vins on met de bonnes enseignes, et les bonnes pièces semblent meilleures avec de bons épilogues. Dans quel embarras suis-je donc, moi qui ne suis pas un bon épilogue et ne puis intercéder auprès de vous en faveur d’une bonne pièce".

Je laisse donc Rosalinde à son embarras, moi au mien, et termine avec les paroles de l’apôtre, traduites par Chouraki :

SHABOU’OT
1. Quand se remplit le jour de Shabou’ot,
ils étaient tous ensemble dans le même lieu.

2. Et c’est tout d’un coup un bruit du ciel,
comme la venue d’un souffle violent ;
il remplit toute la maison où ils siègent.

3. Leur apparaissent des langues, comme de feu ;
elles se partagent et se posent une sur chacun d’eux.

4. Ils sont tous remplis du souffle sacré.
Ils commencent à parler en d’autres langues,
selon ce que le souffle leur donne d’énoncer.

5. Or à Ieroushalaîm séjournent des Iehoudîm,
des hommes fervents de toutes les nations sous le ciel.

6. Comme cette voix surgit, une grande multitude se réunit,
stupéfaite parce que chacun les entend parler dans son propre dialecte.

7. Ils sont bouleversés, ils s’étonnent et disent :
"Voici, ces parlants ne sont-ils pas tous de Galil ?

8. Comment donc les entendons-nous,
chacun dans son propre dialecte, celui de sa terre natale ?

9. Parthes, Mèdes, Elamites,
habitants d’Arâm-Naharaîm, de Iehouda, de Cappadoce, du Pont, d’Asie,

10. de Phrygie, de Pamphylie, d’Égypte,
et des provinces de Lybie proches de Cyrène et ceux qui résident à Rome,

11. Iehoudîm et prosélytes, Crétois et Arabes, voici,
nous les entendons dans nos langues raconter les grandeurs d’Elohîm."

12. Ils sont tous stupéfaits, perplexes.
Ils se disent les uns aux autres : "Qu’est-ce que cela peut être ?"

13. D’autres se moquent et disent : "Ils sont pleins de vin doux."

ANNEXE : "La langue parle"
"L’homme se comporte comme s’il était celui qui façonne et (qui est) le maître de la langue alors que c’est quand même elle qui reste le seigneur (Herrin). Si ce rapport de domination se renverse, alors l’homme chute dans d’étranges manières. La langue devient moyen de l’expression. Comme expression, la langue peut sombrer jusqu’à devenir moyen de pression. Que même, lors d’une telle utilisation de la langue, l’on tienne encore au soin du parler, est une bonne chose. Mais cela seul ne saurait nous aider dans le renversement de la hiérarchie véritable entre la langue et l’homme. Car, de fait, c’est la langue qui parle. L’homme ne parle que dans la mesure où il cor-respond (entsprechen) avec la langue, pour autant qu’il écoute ce qu’elle lui dit (ses exhortations - zusprüch -).

in L’homme habite en poète.

(ma traduction)

Ce fragment, comme tant d’autres chez Heidegger, relève d’une métaphysique du langage et de la langue, qui n’a pas été sans effet sur bien des analystes français touchés, malgré qu’ils en aient, par cette philosophie, via Lacan. Son amour de la langue allemande, à laquelle sont attribuées des vertus théorétiques qui la poussent à la pointe même du langage, est aussi connu que le goût de Lacan pour les résonnances du français et des effets rhétoriques qui lui sont en partie propre. Mais cet amour ne suffit pas à faire argument : s’intéresser aux langues dans leur pluralité me semble nous prémunir contre les tentations d’une philosophie du langage qui se trouve être parfois le nain caché sous la table analytique (la table d’écriture s’entend) ! Une telle philosophie du langage travaille la traduction du même texte d’Heidegger chez Gallimard. Qu’on juge de l’écart de sens produit par le transfert d’un mot :

"L’homme se comporte comme s’il était le créateur et le maître du langage, alors que c’est celui-ci au contraire qui est et demeure son souverain. Quand ce rapport de souveraineté se renverse, d’étranges machinations viennent à l’esprit de l’homme. Le langage devient moyen d’expression. En tant qu’expression, le langage peut tomber au niveau d’un simple moyen de pression. Il est bon que même dans une pareille utilisation du langage, on soigne encore son parler ; mais ce soin, à lui seul, ne nous aidera jamais à remédier au renversement du vrai rapport de souveraineté entre le langage et l’homme. Car, au sens propre des termes, c’est le langage qui parle. L’homme parle seulement pour autant qu’il répond au langage en écoutant ce qu’il lui dit." (Essais et conférences, p 227-8).

BIBLIOGRAPHIE

ABRAHAM Nicolas et TOROK Maria (1976) Le verbier de l’homme aux loups, Aubier-Flammarion.

ACHACHE-WIZNITZER Suzanne (1990) Quand la langue maternelle devient terre étrangère, Le Coq Héron n° 117.

BAUER Jean-Pierre (1983) La langue étrangère, in Recueil : textes et écrits.

BAUER Jean-Pierre (1979) L’enfant et les langues. A propos d’un cas de bilinguisme, in Recueil : textes et écrits (paru dans Enfance, 1979, n°3-4, p 195-205).

BENVENISTE Emile (1966) Problèmes de linguistique générale, Gallimard, Tel.

DEIM Eva Contribution à la théorie psychanalytique de la langue (inédit).

DOLTO Françoise (1987) Solitude, Le livre de poche.

FOCCHI Mario (1984) La langue indiscrète, Point hors ligne.

FORRESTER John (1980) Le langage aux origines de la psychanalyse, Gallimard.

GOLDSCHMITT Georges-Arthur (1988) Quand Freud voit la mer, Buchet-Chastel.

HAGEGE Claude (1987) La traduction, le linguiste et la rencontre des cultures, Diogène, n°137 (jan-mars 87),p 24-34.

HAGEGE Claude (1982) La structure des langues, P.U.F., coll "Que-sais-je ?".

HAGEGE Claude (1985) L’homme de parole, Fayard, Folio-essais.
HASSOUN Jacques (et alii) (1985) Le bilinguisme, Dunod.

HASSOUN Jacques (1985) Le minoritaire et les mots du pouvoir, Peuples méditerranéens, n°33, p23-32.

KHAN Masud (1981) Personne ne peut dire sa folie, Nouvelle Revue de Psychanalyse, n° 23, pp 83-116.

LACAN Jacques (1953) Fonction et champ de la parole et du langage, in Ecrits, Seuil.

LADMIRAL Jean-René (1979) Traduire, Payot.

LAPLANCHE Jean (1988) Le mur et l’arcade, Nouvelle Revue de Psychanalyse n° 37, pp 95-110.

LAPLANCHE Jean (1988) Spécificité des problèmes terminologiques dans la traduction de Freud, Psychanalyse à l’Université, 13(51).

LAPLANCHE Jean (1989) Temporalité et traduction, Psychanalyse à l’Université, 14(53), pp17-33.

LARIVIERE Michel (1991) La folie de l’interprète, in Psychiatrie, psychothérapie et culture(s), tome II, Parole sans frontières eds, Strasbourg.

MELMAN Charles () Incidence subjective du bilinguisme

MOUNIN Georges (1963) Les problèmes théoriques de la traduction, Gallimard.

SIBONY Daniel (1991) Entre-deux, Seuil.

STEINER G (1978) Après Babel, Albin Michel.

WOLFSON Louis (1970) Le schizo et les langues, Gallimard.
Collectif (1985) Les tours de Babel, Trans Europ Repress.

Revues :

L’Ecrit du temps n°7, 1984, La décision de traduire, Minuit.

L’Artichaut n°4, Traduire, interpréter, transmettre.

Le Coq Heron, n°105, Traduction et psychanalyse, 1988.

[1A quoi Jacques HASSOUN ou Daniel SIBONY n’échappent pas non plus, en écrivant sur ce sujet.

[2Voir annexe.

[3G.A. Goldschmidt cite cependant l’usage perdu en allemand du mot "Zünge" pour désigner la langue au sens linguistique.

[4"On ne devrait peut-être juger ni cohérent pour le fond ou par la forme, ni susceptible de vérification ou de démenti tout modèle de comportement verbal, toute théorie des origines ou de l’acquisition du langage, qui ne sont pas axés sur l’incroyable pluralité des langues de notre planète surpeuplée" (Après Babel, p 58). Cette injonction ne concerne-t-elle pas aussi les tenants de la "cure de parole" ?

[5Ce recentrage de Lacan est de son temps, plus encore qu’il n’est, comme on veut nous le faire croire, à tout prix freudien ; en cela que le paradigme linguistique traverse la quasi-totalité de l’effort de penser contemporain, dans les sciences dites humaines comme dans la philosophie ; en cela aussi qu’il implique la réduction (ou du moins la mise en perspective réductrice) d’autres explorations - freudiennes aussi - vers l’image, l’interaction, l’affect, l’énergétique, la corporéité, le social...

[6Nouvelle Revue de Psychananlyse, n° 23 (Dire).

[7celle de l’interprétation comme restitution à la parole de sa pleine valeur d’évocation. L’ajout est de moi