vendredi 20 mars 2009, par
La toute première clinique psychanalytique en Grande Bretagne, la Brunswick Square Clinic, avait fonctionné entre 1913 et 1922. Crée par Jessie Murray et Julia Turner, y étaient proposées la psychanalyse ainsi que différentes thérapies, pour des patients souffrants de pathologies diverses, y compris des soldats revenus de la guerre.
Ensuite, pendant les années 1920, deux cliniques psychanalytiques avaient vu le jour : la Tavistock Clinic, établie à Londres en 1920 par Hugh Crichton-Miller et la London Clinic of Psychoanalysis, également à Londres, crée par Ernest Jones en 1926.
La Tavistock Clinic était une des premières cliniques ambulatoires à proposer une psychothérapie fondée sur les concepts inspirés par la théorie psychanalytique et destinée aux patients qui n’avaient pas les moyens pour payer des consultations. Son fondateur, Hugh Crichton-Miller, souhaitait transposer à la vie « civile » les résultats thérapeutiques élaborés auprès de soldats pendant et après la Grande Guerre .Cet objectif correspondait à celui énoncé par Freud lors du Congrès de Budapest en 1918, même si la biographie de Hugh Crichton-Miller ne permet pas de retrouver la source de ses contacts avec la théorie freudienne.
Dès le départ la Tavistock Clinic comportait deux services, un pour adultes et un pour enfants, le premier patient ayant été un enfant. L’équipe était pluridisciplinaire, avec psychiatre, psychologue et travailleur social. A quelques exceptions près, le personnel travaillait à titre bénévole ou pour des honoraires symboliques comme c’était le cas dans d’autres hôpitaux de l’époque. La Tavistock était financée par des donateurs, par des appels et différentes actions de collecte de fonds ainsi que les honoraires modestes selon les moyens du malade.
Le principe de fonctionnement de la Tavistock visait la création d’un lieu dépourvu de bureaucratie administrative et institutionnelle où le patient pouvait se rendre en confiance, sa vie privée respectée ; où les rendez-vous seraient à l’heure et toujours auprès du même médecin. Une seule salle était équipée pour dispenser des soins médicaux. Autrement, et c’était inhabituel pour l’époque, les salles étaient meublées de simples chaises et tables, la plupart avaient des divans de fortune, avec coussins ou oreillers. Pas de blouses blanches.
Quand à la sélection des patients, une heure d’entretien préliminaire était accordée à chaque malade, y compris un bilan physique. Après les séances de diagnostique, Hugh Crichton-Miller relisait les fichiers médicaux et décidait du type de thérapie à suivre. Les patients, « éduqués et pauvres », comptaient des étudiants, ceux qui travaillaient dans des bureaux, des ménagères.
Le personnel se réunissait une fois par semaine pour rendre compte de leur pratique et de l’état de leurs patients ! Ainsi les membres du groupe pouvaient bénéficier d’une part des concepts et techniques des autres tout en se rendant compte quelquefois de leurs propres erreurs ou points aveugles. Le personnel travaillait 6 heures par semaine à titre gratuit : 3 séances avec 2 patients ou 2 séances avec 3 patients. Au cours des premières 7 années, leur nombre était passé de 7 à 19. Pendant la première année il y avait 247 nouveaux patients et 2200 consultations. En 1926-27 il y avait 489 nouveaux patients et 3800 consultations. Donc, un taux relativement élevé de consultations uniques et un nombre de patients réguliers passant de 247 en 1920 à 690 en 1927.
La Tavistock, nouveau modèle d’établissement de santé mentale, à financement précaire, avait mis sur la carte une approche psychanalytique et pluridisciplinaire, destinée aux enfants ainsi qu’aux adultes. Balint, Bion et Bowlby avaient travaillé sous son égide. La Tavistock poursuit son chemin actuellement, intégrée au National Health Service.
La création de la London Clinic of Psycho-Analysis en 1926 par Ernest Jones répondait à une dynamique différente. Membre du « Comité » de Freud dès 1912 (avec Ferenczi, Abraham, Rank et Sachs), Ernest Jones avait crée et puis dissous la London Psycho-Analytical Society (1913-1919) pour en faire la British Psycho-Analytical Society en 1919. En 1924 il avait établi l’ Institute of Psychoanalysis (à l’instar de l’Institut de Berlin). La London Clinic of Psychoanalysis était inaugurée officiellement le 6 mai 1926, date du soixante-dixième anniversaire de Freud.
Financée par un ancien patient de Jones, un industrialiste américain, Pryns Hopkins, la Clinic proposait des thérapies en ambulatoire à titre gratuit. 25 patients étaient pris en charge chaque jour. Des hommes et des femmes d’age et de professions divers, envoyés par leur médecin généraliste ou leur famille, se présentaient pour un entretien préliminaire auprès de Jones ou de Glover, un jour par semaine, le mardi à 17.30. Tout comme à Berlin, la demande dépassait l’offre de loin. Jones et Glover répartissaient les patients sous différentes rubriques : les cas urgents, les cas se prêtant aux analystes en formation et les autres. Le nombre de patients en attente était si grand que Jones et Glover étaient obligés d’introduire trois catégories de patients à qui il serait conseillé de consulter ailleurs. Premièrement, les conseils ponctuels pour parents avec enfants en difficulté à l’école, pour ceux ayant commis une infraction à connotation psychologique évidente, telle la kleptomanie ou éventuellement en cas de violence familiale. Deuxièmement, les patients souffrant de maux de tête, d’asthme, d’épilepsie, de narcolepsie, de troubles de la digestion étaient orientés vers le médecin généraliste. Troisièmement ceux dont les problèmes seraient mieux pris en charge par un autre service médical, par exemple la cardiologie, la toxicomanie et les cas de schizophrénie grave.
En 1929, vu les difficultés économiques et afin de permettre à la Clinic de poursuivre ses activités, Jones avait fait appel aux membres de la British Society. Les quatre composantes de la Society devaient être fusionnées (Institute, Journal, Society et Clinic). L’efficacité l’emportait sur le prestige et chaque membre de la British Society était nommé assistant clinique. Chacun soignerait quotidiennement un patient à la Clinic ou rendrait un service ou montant équivalent à l’Institute. Les analystes non médecins travaillaient à la Clinic sur le même pied d’égalité que le personnel en fonction.
La London Clinic of Psychoanalysis fonctionne toujours. Parmi les 100 patients soignés il existe encore des places à tarif réduit pour des séances de 55 minutes, cinq ou quatre fois par semaine, pendant au moins deux ans.
Bibliographie
Elizabeth Dando, Freud’s Free Clinics, Columbia University Press 2005
H.V.Dicks, 50 Years of the Tavistock Clinic, Routledge & Kegan Paul 1970
Ernest Jones, Life and Work of Sigmund Freud (abridged), Pelican 1964
Brenda Maddox, Freud’s Wizard, John Murray Books 2006
Raitt, Suzanne « Early British Psychoanalysis and the Medico-Psychological Clinic », History Workshop Journal-Issue 58, Autumn 2004, pp. 63-85 Oxford University Press
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